I am alone now, I am beyond recriminations Curtains are shut, the furniture is gone I’m transforming, I’m vibrating, I’m glowing I’m flying, look at me now I’m flying, look at me now
Now online et toujours dans notre GALERY de portraits Intensities in 10s Cities:From Backstage to Frontstage, All The World Is A Stage. Et, as usual, pas de chipotage ni de bidouillage avec les photos comme vous en voyez partout ailleurs. Non: ici, c’est NO f*cking Photoshop. NO damn Ligthroom. NO bullshit RAW format. NO holy crap numeric nor digital overdub. NO a.i. feature (artificial intelligence sucks) : ONLY pure one-shot JPEG. Parce que shooter live, c’est comme le real rock’n’roll: c’est spontané, c’est brut de décoffrage et surtout ça doit le rester…
Now online, les 20 ans du CABARET VERT qui fait chanter, danser et pogoter l’Ardenne, qu’elle soit au pluriel du côté français ou qu’elle soit au singulier en Belgique: putain, putain, c’est vachement bien, nous sommes quand même tous des Ardennais… Et ce ne sont pas The DEFTONES ni BODY COUNT feat. Ice-T ou The SPARKS ou encore TURNSTILE et ULTRA VOMIT qui vont nous contredire. Et que dire alors du mutant en costume, the one and only one Nick CAVE?
Une édition 2026 du Cabaret Vert qui nous a réservé son lot de surprises, parfois bonnes, parfois excellentes, parfois moins bonnes. Et qui a fait la part belle à des combos qui décidément ne parviennent pas à passer la rampe de notre humble opinion. RISE OF THE NORTH STAR et LAST TRAIN en font partie haut la main, tout à l’inverse de SPEED et de THEA qui nous ont dépoté les synapses.
Now online et toujours dans notre GALERY de portraits Intensities in 10s Cities:From Backstage to Frontstage, All The World Is A Stage. Et, as usual, pas de chipotage ni de bidouillage avec les photos comme vous en voyez partout ailleurs. Non: ici, c’est NO f*cking Photoshop. NO damn Ligthroom. NO bullshit RAW format. NO holy crap numeric nor digital overdub. NO a.i. feature (artificial intelligence sucks) : ONLY pure one-shot JPEG. Parce que shooter live, c’est comme le real rock’n’roll: c’est spontané, c’est brut de décoffrage et surtout ça doit le rester…
Avec 106 000 festivaliers réunis en quatre jours, le Cabaret Vert a célèbré sa 20e édition avec un nouveau succès populaire. De Deftones à Nick Cave, cette édition anniversaire aura surtout confirmé une chose : vingt éditions après sa naissance, le festival continue de cultiver la découverte, le mélange des genres et le renouvellement. Au point d’ailleurs qu’on ne s’est contenté que des jeudi et vendredi, les samedi et dimanche virant vraiment foire au boudin (mais zil en faut pour tous les goûts, mon bon monsieur).
Deux heures et dix minutes en apesanteur. Deux heures et dix minutes en totale apesanteur avant de réaliser que Nick CAVE termine son set avec ce mystique et aérien Hollywood. Alors que sont projetés sur le grand rideau de fond de scène (rideau : pas écran) quelques passages traduits en allemand en parfaite synchronisation avec la bande son, c’était en français il y a 4 jours au Festival Cabaret Vert de Charleville-Mézières (30.000 personnes). Deux heures et dix minutes en apesanteur avant que le seigneur des lieux ne rajoute près de vingt minutes encore de grand messe en guise de rappel. Un seigneur. Nick CAVE est un seigneur comme on n’en fait plus. Un seigneur, racé et distingué, un mutant en costume comme il n’en reste plus. Au point de venir au pied-levé, quatre jours après notre première communion au Cabaret Vert en France, nous abreuver à nouveau de la bonne parole et communier derechef à Bonn, Allemagne, en compagnie de 9.000 fidèles.
Poète magistral et bête de scène sauvage, Nick CAVE appartient, avec ses fidèles artificiers sonores, à une classe d’artistes rare. De ceux qui traversent les décennies, sans perdre une once de pertinence ou d’intensité. Un Nick CAVE en totale fusion avec son public qui le porte au sens propre du terme, droit debout à bout de bras tendus, soutenu par d’autres dizaines de bras tendus. Un Nick CAVE qui surfe sur son public – toujours au sens propre du terme – comme il surfe avec ses états d’âmes, avec nos états d’âmes. Avec nos âmes. Un Nick CAVE non dénué d’humour non plus, quand, rappelant à son bassiste que tuner sa quatre-cordes entre deux titres, « C’est bon pour Radiohead » et pointe son fidèle Warren Ellis qui n’a quant à lui « plus ajusté son violon depuis 42 ans« . Et commencer comme il y a 4 jours son set avec 5 minutes d’avance, ce doit être aussi de l’humour à la Nick CAVE…
On n’est d’ailleurs pas bien loin de la messe, de la grand messe dans une parfaite communion entre le célébrant et les fidèles, où le pain et le vin ont fait place à la symphonie et à l’harmonie, à la fusion et à l’unisson. On entre en vibration avec Nick CAVE comme on entre en religion. Une célébration de deux heures et demi qui ne se conte pas mais qui se vit, qui ne se raconte pas mais qui s’intériorise, qui se partage et qui transcende. Un office de deux heures et demi duquel tu ne ressors pas indemne, duquel tu ne ressors pas le même.
Nick CAVEand The Bad Seeds, c’est 11 personnes on stage, ou plutôt 11 personnages : 4 choristes, 1 batteur, 1 percussionniste, 1 guitariste, 1 claviériste, 1 bassiste (et 2 impressionnants Fender comme on n’en voit plus) ainsi que l’incontournable et peut-être trop présent (à notre goût) multi-instrumentaliste Warren Ellis. Nick CAVE, ce n’est pas, ce n’est plus uniquement un concert, une messe ou un office, c’est une expérience mystique, sensorielle et transcendantale. Une expérience absolue. Ni plus. Ni moins. Tu es mon berger, là où tu iras j’irai. Ite missa est.
On se souvient toujours de la première fois. Et de la seconde aussi. La première fois qu’une prestation nous a arraché des larmes – des larmes d’émotions, de joie et de bonheur – c’était il y a deux ans à peine. La seconde fois, c’est ce soir – et ce sont cette fois des larmes d’émotion, de tristesse et de bonheur à la fois. Mixed feelings, mixed feelings… On se souvient toujours de son premier Nick CAVE.
Avec 5 minutes d’avance sur l’horaire prévu, le mutant en costume débute son set sur la scène Zanzibar alors même que The SPARKS mettent un point d’honneur à clôturer en beauté leur démonstration de force sur la scène Razorback. De quoi rater l’entrée en scène de l’Homme – puisque les accréditations photos ont été réduites au strict minimum et que nous en sommes réduits à arpenter la plaine. Nous avions un plan, nous avons maintenant un problème. Et une tête de déterrée assortie à Nick CAVE. Soit…
Et, pour reprendre les termes de notre chère et tendre Fosse Commune qui ne saurait si bien dire : « Sur scène, ils sont environ huit cents. Je n’ai évidemment pas compté. Mais il y a les Bad Seeds, des choristes, des claviers, des percussions, des instruments partout et Warren Ellis, sa barbe de druide suffisamment importante pour qu’on puisse raisonnablement supposer qu’il accorde l’univers dans sa tête avant chaque morceau. Il joue assis. Le corps ne bouge plus beaucoup. L’univers intérieur, en revanche, semble toujours présenter de graves anomalies. Et au milieu de cette cathédrale : Nick CAVE« .
Lui ne fait pas un concert. Il officie. Il descend vers le public, se penche, tend les mains. Des centaines de bras montent vers lui. Les gens connaissent les mots, attendent les gestes, répondent, hurlent, se taisent ensemble. Vu de loin, soyons clairs : ça ressemble légèrement à une secte. Sauf que le gourou ne promet pas le bonheur« .
Nick CAVE parle de la douleur, de la perte, de la mort, de l’amour, de Dieu, de ce qui reste quand quelque chose ou quelqu’un a disparu. Il ne rend pas la souffrance jolie. Il ne prétend pas qu’elle va partir. Il la rend supportable. Et tu as quand même envie de chialer. Voilà. Deux scènes. Deux ambiances. Sans transition. The SPARKS te rappellent que la joie, l’absurde et un vieux monsieur de 81 ans qui fait une petite danse peuvent rendre l’existence formidable. Nick CAVE te rappelle que la douleur peut elle aussi devenir supportable lorsqu’on la partage« .
Tu sors de l’un avec envie de danser. Tu regardes l’autre avec envie de pleurer. Sauf qu’entre les deux, il faut réussir le grand saut. Et moi, je n’ai pas complètement réussi. J’avais encore The SPARKS qui sautillaient dans ma tête quand je suis arrivée devant Nick CAVE. Il fallait passer sans transition de l’absurde et de la joie à la douleur, au deuil, à la communion. J’ai eu du mal à accorder mes propres violons internes ».
Et puis soyons honnêtes : Nick CAVE, c’est deux heures trente. Moi, j’avais déjà deux jours de festival dans les pattes, des courbatures partout et un pied qui avait officiellement démissionné la veille. Et accessoirement je suis trop vieille pour ces conneries. J’ai donc quitté la messe avant la fin. Voilà. Je l’avoue. Mais on vient de me raconter un truc que j’ai d’abord pris pour une connerie. Sauf que non. Plusieurs personnes présentes me confirment la scène, dont une de nos juniors qui était placée devant, à la barricade, et qui a tout vu. Pendant Red Right Hand, Warren Ellis fait du Warren Ellis. Pour ceux qui connaissent le personnage, cette phrase pourrait presque suffire« .
Pour les autres : Warren Ellis, c’est le violoniste, multi-instrumentiste, barbu mystique et compagnon de route de Nick CAVE depuis des décennies. Un musicien absolument monstrueux qui possède également sur scène un rapport assez personnel avec les lois de la physique et la conservation du matériel. Il joue. Il a un rapport physique à la musique. Et les archets ont parfois tendance à quitter leur zone d’utilisation réglementaire. Donc vendredi soir, pendant Red Right Hand, l’un d’eux est donc parti. Jusque-là, visiblement, rien de totalement exceptionnel dans l’univers de Warren Ellis. Petit problème. Cette fois, il y avait quelqu’un sur la trajectoire« .
L’archet arrive dans la tronche d’un spectateur et lui ouvre l’arcade. Et là, la scène devient magnifique. Le final vocal du morceau s’arrête un peu plus tôt que d’habitude. Nick CAVE s’excuse et, selon notre témoin placé devant, demande immédiatement à Warren Ellis de présenter lui aussi ses excuses. En français. Tout de suite. Je n’ai pas les mots exacts de Nick CAVE et je ne vais donc pas les inventer, mais l’esprit rapporté de l’échange tient à peu près dans : Warren. Putain. Tu t’excuses. En français. Et Warren s’exécute. Il promet en français de ne plus balancer ses affaires dans la gueule des gens. Voilà. Puis le spectateur part se faire soigner ».
Et selon un autre témoin qui l’aurait recroisé un peu plus tard, il aurait gardé l’archet. Ce qui me paraît finalement constituer un arrangement commercial assez honnête. Une arcade : un archet. On est quittes. J’avais écrit ce matin à propos de Warren Ellis : « Le corps ne bouge plus beaucoup. L’univers intérieur, en revanche, semble toujours présenter de graves anomalies. » Je maintiens. Et j’ai maintenant une pensée particulière pour son roadie, qui doit avoir développé au fil des années une capacité assez exceptionnelle à repérer le moment précis où Warren commence à partir et où il devient nécessaire de mettre les objets fragiles et le public à l’abri. Maintenant, je cherche évidemment la photo du type qui a pris l’archet mystique de Warren Ellis dans la trogne. Je suis jalouse. Un peu. Pas de l’arcade ouverte. De l’archet. Merci ».
Sacrée Fosse Commune, va ! Nous aussi on t’aime bien – merci. Mais tout cela est quand même passer sous silence la monstruosité phénoménale du personnage Nick CAVE et sa monstrueuse phénoménalité. 2h30 de concert, ou plutôt de traversée qui t’emmènent quelque part entre les Enfers et le Nirvana, entre le Ying et le Yang, entre les rires et les pleurs. Entre joie, mélancolie, spleen, nostalgie et tristesse. On y entre avec le sourire et on en ressort avec les tripes nouées. On y croise la joie et le deuil, la rage et la douceur, le désir et la solitude. On peut danser quelques minutes avant de sentir monter les larmes. Hurler avec la foule, puis se retrouver soudain terriblement seul face à une chanson.
Et lorsque CAVE quitte la scène, quelque chose demeure. Une étrange ivresse, un peu de vertige, et cette sensation rare d’avoir, pendant deux heures et demie, touché du doigt quelque chose de profondément humain. Nick CAVE joue avec nos contradictions comme avec les touches d’un piano : il fait surgir la lumière du fond des ténèbres, la tendresse au cœur de la violence, l’espoir là où il ne devrait plus en rester.
Il faut se méfier des concerts de Nick CAVE : on n’en ressort jamais tout à fait indemne. Ce soir encore, le Bad Seed en chef transforme le Cabaret Vert en cathédrale païenne où la rage embrasse la tendresse, où les morts semblent danser avec les vivants et où chaque chanson vient gratter quelque chose que l’on aurait préféré laisser enfoui. Nick CAVE ne donne pas un concert. Il ouvre une plaie. Et, curieusement, on le remercie pour ça.