Le Desertfest Belgium a quitté Anvers et ses marins pour poser valises chez les métalos à l’OM de Seraing, dans les entrailles d’une ancienne terre industrielle où la sidérurgie a laissé suffisamment de traces pour qu’on s’y sente immédiatement chez soi dès qu’il s’agit de faire cracher les amplis. C’est aussi l’esprit du Desertfest : une grande famille de dégénérés du décibel, des groupes venus d’horizons différents et cette sensation délicieuse que la civilisation moderne n’est finalement qu’une erreur de mastering. Derrière l’enthousiasme de cette première édition sérésienne, il y a KRALLICE.
Les New-Yorkais débarquent avec un black metal expérimental et des guitares en ébullition, des constructions progressives, claviers, ruptures de rythme et déluge de notes. Sous une lumière rouge-sang baignant la grande salle, KRALLICE est une drôle de bestiole dans une programmation Desertfest traditionnellement attachée aux lourdes traditions du stoner, du doom et du psychédélisme. Mais c’est précisément ce décalage qui rend sa présence intéressante, même si cette débauche de virtuosité ne nous convainc pas vraiment et que son avalanche de complexité nous laisse sur le bord de la route.

On remet fissa les mains dans le cambouis avec FANGUS. Les Canadiens investissent la Vulture Stage, petite salle à la configuration aussi particulière qu’efficace, où l’on débouche presque au-dessus et derrière les musiciens. FANGUS ne demande pas qu’on lui déroule le tapis rouge. Il préfère dérouler les câbles, pousser les amplis et envoyer la sauce dans la tradition du proto-métal et du heavy rock des années 1960 et 1970. Orgue, riffs lourds et atmosphère occulte et théâtrale trouvent leur inspiration majeure chez Black Sabbath, Deep Purple ou leurs compatriotes d’Atomic Rooster. La petite scène – non: la minuscule scène – possède le potentiel redoutable de la proximité ; elle devient une arme. Pas de distance de sécurité, pas de scénographie pour faire diversion, juste un groupe, du volume et une assistance suffisamment proche que pour faire communion.


MEATDRIPPER complète ce tableau de réjouissances avant que nous allions titiller nos synapses avec Solstafir. Les quatre filles de Birmingham ne renient rien de leurs origines tant géographiques que sabbathiennes entre expérimentation extrême, lourdeur poisseuse et déflagrations plus directes, toujours sur cette Vulture Stage dont la proximité avec les bands constitue l’une des bonnes surprises du déménagement d’Anvers à Liège. Et lorsque KRALLICE vient vriller les neurones, que FANGUS transforme sa petite scène en chaudière psychédélique et que MEATDRIPPER complète cette affiche sans concession, on ne peut que terminer en beauté avec SOLSTAFIR, tête d’affiche de ce vendredi. À Seraing, si l’acier a peut-être cessé de couler, le bruit, lui, vient manifestement de reprendre du service.

