Ils nous l’on salopé, ce concert. Ah ça, ils nous l’ont bien salopé ce concert ! Un set ? Plutôt une bouillie sonore. Une débauche inaudible de décibels et une soupe à la puissance à qui mieux mieux. Un son sale comme c’est Dieu pas possible – ils nous auraient vomi leur prestation dans une décharge publique de punk rock qu’on aurait pas vu la différence. Mais COSMIC PSYCHOS n’aurait pas pu davantage nous plaire, car COSMIC PSYCHOS est intouchable, souverain et plénipotentiaire sur scène. Point à la ligne. On ne touche pas à COSMIC PSYCHOS.
Hilares. Ils sont hilares, nos Australiens, savourant la bonne blague qu’ils nous balancent dans la tronche. COSMIC PSYCHOS est d’ailleurs une vaste blague: ils ne se prennent pas au sérieux, comment pourrait-on les prendre au sérieux ? COSMIC PSYCHOS est une farce, une grasse et grosse farce mais pas plus finalement que leur I Really Like Beer UK/EU Tour 2026. Car plus houblonnés que COSMIC PSYCHOS on ne fait pas. On ne peut pas faire…
Le rock’n’roll a-t-il vraiment besoin d’un permis ? Il y a des concerts qui élèvent l’âme. Ceux de COSMIC PSYCHOS préfèrent manifestement lui rouler dessus avec un tracteur. Le trio ravage le Sjock comme trois routiers ayant raté la sortie vers le bistrot et décidé de transformer leur erreur en carrière. Pas de mise en scène, pas de philosophe sous kétamine derrière les consoles : juste une guitare, une basse, une batterie et suffisamment de décibels pour faire fuir le commun des mortels. I Really Like Beer Tour2026 : le message est limpide, la subtilité est officiellement portée disparue.
COSMIC PSYCHOS prouve qu’on peut écrire du punk pendant qu’on semble intellectuellement occupé à chercher son ouvre-bouteille. Et ça marche même tellement bien qu’on finit par soupçonner le trio d’avoir découvert la formule secrète du rock : trois accords, une bière et surtout aucune envie de faire évoluer le concept. Ils arrivent comme le Messie, sauf que le Messie porte un marcel et sent probablement la sueur, la bière tiède et l’huile moteur.
Leur son est gras, brutal, parfois aussi élégant qu’un coup de boule dans une porte de garage. On pourrait leur reprocher une absence totale de finesse, mais ce serait comme reprocher à un bulldozer de ne pas être un violon. Le trio ne cherche ni la révolution musicale ni la rédemption artistique : il veut faire du bruit, faire rire et faire boire. Ils ne donnent pas un concert : ils organisent une panne générale du cerveau. C’est vulgaire, répétitif, bruyant, gras, parfaitement assumé et délicieusement débile. Bref, du rock’n’roll comme on l’aime quand on a cessé de croire qu’il devait sauver le monde. Il lui suffit parfois de nous empêcher de penser pendant une heure et demie. Mission accomplie, bande de psychopathes.
A tout jamais, à tout jamais The BRONX restera pour nous associé à MC5 et plus particulièrement à son légendaire Wayne KRAMER. Ils se sont croisés ici-même sur la scène du Sjock (c’était en 2018), et le déjà unique et incomparable Joey Castillo m’avait demandé d’immortaliser l’instant en lui tirant le portrait backstage aux côtés de la légende vivante. De feu la légende vivante. Notre objectif en a encore le palpitant comme nous, rien que d’y penser. Plus tard dans la soirée, juste avant de partir à l’attaque des planches, KRAMER laisse tomber son mediator. Je le ramasse et le lui tends – avec son sourire carnassier et l’oeil pétillant, il me dit de le garder… Legend.
Huit ans plus tard, le punk est toujours au rendez-vous. Le Sjock aussi. The BRONX itou. Il vient même de se faire rouler dessus par une camion-benne. Il y a des concerts auxquels on assiste. Et puis il y a les concerts de The BRONX, où l’on accepte simplement de mettre sa carcasse à disposition d’un accident industriel. Pas de dentelle, pas de violons, pas de petite intro atmosphérique destinée à faire monter la tension : The BRONX débarque et balance immédiatement tout à la gueule du public. Le message est limpide : ce soir, personne ne sera propre, personne ne sera raisonnable et les genoux sont officiellement devenus une monnaie d’échange.
Matt Caughthran, lui, n’est pas vraiment un chanteur. C’est plutôt un possédé échappé d’un abattoir, avec un micro dans une main et suffisamment de rage dans les poumons pour alimenter une centrale nucléaire. Il arpente la scène comme si quelqu’un lui avait volé sa bagnole, sa bière et les dernières miettes de dignité qui lui restaient. A ses côtés, The BRONX transforme chaque morceau en baston de parking, en déclaration de guerre. Dans le public, ça saute, ça cogne, ça hurle, ça se relève avec un sourire de demeuré avant de replonger dans la marmite.
The BRONX n’a jamais été un groupe particulièrement intéressé par la subtilité mais plutôt par un mélange de hardcore, punk, rock’n’roll et cette délicieuse sensation d’avoir garé son cerveau derrière le bar avant d’entrer. Les guitares scient l’air comme des tronçonneuses, la batterie cogne avec la délicatesse d’un videur sous amphétamines et Caughthran continue de gueuler comme si sa survie en dépendait. Le pit ressemble à une machine à laver remplie de types qui auraient oublié de retirer leurs chaussures de sécurité dans une soirée qui n’a déjà plus grand-chose à voir avec la civilisation occidentale. Avec la civilisation tout court.
The BRONX ne cherche pas à réinventer le punk. Ils font mieux : ils le prennent par le col, le traînent dans la boue, lui collent une droite et lui demandent s’il en veut encore. Évidemment qu’il en veut encore. Parce qu’après un concert pareil, on ressort avec les oreilles en vrac, le t-shirt transformé en serpillière, quelques bleus dont on ignore l’origine et cette étrange impression d’avoir survécu à quelque chose. The BRONX, c’est ça: du rock’n’roll sans airbag, sans contrôle technique et sans garantie constructeur. Et putain, qu’est-ce que c’est bon.The BRONX, c’est ça. Ce n’est que ça. Merci le Sjock.
Un ch’tit coup d’oeil dans notre rétroviseur ? C’est par ici :
Et comme toujours en français in ze texte: last & latest footages, shootings & reviews in our specific GALERY « From backstage to frontstage ». NO Photoshop. NO Ligthroom. NO RAW format. NO numeric nor digital overdub. NO artificial intelligence (ONLY human one !) and pure one-shot JPEG !
I am alone now, I am beyond recriminations Curtains are shut, the furniture is gone I’m transforming, I’m vibrating, I’m glowing I’m flying, look at me now I’m flying, look at me now
Now online et toujours dans notre GALERY de portraits Intensities in 10s Cities:From Backstage to Frontstage, All The World Is A Stage. Et, as usual, pas de chipotage ni de bidouillage avec les photos comme vous en voyez partout ailleurs. Non: ici, c’est NO f*cking Photoshop. NO damn Ligthroom. NO bullshit RAW format. NO holy crap numeric nor digital overdub. NO a.i. feature (artificial intelligence sucks) : ONLY pure one-shot JPEG. Parce que shooter live, c’est comme le real rock’n’roll: c’est spontané, c’est brut de décoffrage et surtout ça doit le rester…
Now online, les 20 ans du CABARET VERT qui fait chanter, danser et pogoter l’Ardenne, qu’elle soit au pluriel du côté français ou qu’elle soit au singulier en Belgique: putain, putain, c’est vachement bien, nous sommes quand même tous des Ardennais… Et ce ne sont pas The DEFTONES ni BODY COUNT feat. Ice-T ou The SPARKS ou encore TURNSTILE et ULTRA VOMIT qui vont nous contredire. Et que dire alors du mutant en costume, the one and only one Nick CAVE?
Une édition 2026 du Cabaret Vert qui nous a réservé son lot de surprises, parfois bonnes, parfois excellentes, parfois moins bonnes. Et qui a fait la part belle à des combos qui décidément ne parviennent pas à passer la rampe de notre humble opinion. RISE OF THE NORTH STAR et LAST TRAIN en font partie haut la main, tout à l’inverse de SPEED et de THEA qui nous ont dépoté les synapses.
Now online et toujours dans notre GALERY de portraits Intensities in 10s Cities:From Backstage to Frontstage, All The World Is A Stage. Et, as usual, pas de chipotage ni de bidouillage avec les photos comme vous en voyez partout ailleurs. Non: ici, c’est NO f*cking Photoshop. NO damn Ligthroom. NO bullshit RAW format. NO holy crap numeric nor digital overdub. NO a.i. feature (artificial intelligence sucks) : ONLY pure one-shot JPEG. Parce que shooter live, c’est comme le real rock’n’roll: c’est spontané, c’est brut de décoffrage et surtout ça doit le rester…
Avec 106 000 festivaliers réunis en quatre jours, le Cabaret Vert a célèbré sa 20e édition avec un nouveau succès populaire. De Deftones à Nick Cave, cette édition anniversaire aura surtout confirmé une chose : vingt éditions après sa naissance, le festival continue de cultiver la découverte, le mélange des genres et le renouvellement. Au point d’ailleurs qu’on ne s’est contenté que des jeudi et vendredi, les samedi et dimanche virant vraiment foire au boudin (mais zil en faut pour tous les goûts, mon bon monsieur).
Bientôt en ligne, notre festival préféré qui souffle ses 50 bougies en 2026 – Your R’n’R Highlight Of The Year more then ever ! Nous avons beaucoup, beaucoup, BEAUCOUP de retard dans cette mise en ligne, mais… MAIS l’attente vaudra son pesant d’or ! Quelle aventure, quelles aventures mes amis, depuis la bouillie sonore de COSMIC PSYCHOS qu’il faudrait inventer s’ils n’existaient pas jusqu’à la maturité toute british de COCK SPARRER en passant par l’élégance et la classe d’un Jon SPENCER et la fougue de The DWARVES…
Joan JETT se la joue big star en oubliant qu’elle n’est pas sur la main stage d’un méga-festival mais ici en famille, tandis que les filles de L7 ne devinent pas encore que leur bassiste historique va rendre l’âme dans quelques jours, ce à quoi ne sont pas prêts nos Kentucky Men préférés: NINE POUND HAMMER.
Une de nos claques et révélations de cette 50ème édition est inclassable et s’appelle OSEES. The DATSUNS font le boulot tandis que le SJOCK RENDEZ-VOUS BAND a tout bonnement l’étoffe et la carrure d’un all-star-band qui ne réunit que du bon, depuis SHA-LA-LEES jusque PETER PAN SPEEDROCK…
Avec THE BRONX, c’est encore de l’amerloche qui fout le feu aux planches du Sjock #50 quand ce n’est pas SONS qui nous rappelle quand même que la Flandre joue ici à domicile et qu’il ne faudrait pas la lui faire à l’envers.
Punk’s not dead ? Punk’s not dead ! Manifestement pas au SJOCK #50 qui demeure l’un de leurs terrains de jeu préférés. Ce ne sont pas The KIDS – qui jouent également à domicile – qui vont nous contredire, pas plus d’ailleurs que The TOY DOLLS plus déjantés que jamais…
Le SJOCK #50 a vécu, et bien vécu. C’est ce que nous allons prochainement vous narrer en texte et en images, entre front & back stage, entre bières et poussière, entre canicule et mosh-pits. Sans conteste notre annuel highlight of the year !
Soon online et toujours dans notre GALERY de portraits Intensities in 10s Cities:From Backstage to Frontstage, All The World Is A Stage. Et, as usual, pas de chipotage ni de bidouillage avec les photos comme vous en voyez partout ailleurs. Non: ici, c’est NO f*cking Photoshop. NO damn Ligthroom. NO bullshit RAW format. NO holy crap numeric nor digital overdub. NO a.i. feature (artificial intelligence sucks) : ONLY pure one-shot JPEG. Parce que shooter live, c’est comme le real rock’n’roll: c’est spontané, c’est brut de décoffrage et surtout ça doit le rester…
Deux heures et dix minutes en apesanteur. Deux heures et dix minutes en totale apesanteur avant de réaliser que Nick CAVE termine son set avec ce mystique et aérien Hollywood. Alors que sont projetés sur le grand rideau de fond de scène (rideau : pas écran) quelques passages traduits en allemand en parfaite synchronisation avec la bande son, c’était en français il y a 4 jours au Festival Cabaret Vert de Charleville-Mézières (30.000 personnes). Deux heures et dix minutes en apesanteur avant que le seigneur des lieux ne rajoute près de vingt minutes encore de grand messe en guise de rappel. Un seigneur. Nick CAVE est un seigneur comme on n’en fait plus. Un seigneur, racé et distingué, un mutant en costume comme il n’en reste plus. Au point de venir au pied-levé, quatre jours après notre première communion au Cabaret Vert en France, nous abreuver à nouveau de la bonne parole et communier derechef à Bonn, Allemagne, en compagnie de 9.000 fidèles.
Un Nick CAVE en totale fusion avec son public qui le porte au sens propre du terme, droit debout à bout de bras tendus, soutenu par d’autres dizaines de bras tendus. Un Nick CAVE qui surfe sur son public – toujours au sens propre du terme – comme il surfe avec ses états d’âmes, avec nos états d’âmes. Avec nos âmes. Un Nick CAVE non dénué d’humour non plus, quand, rappelant à son bassiste que tuner sa quatre-cordes entre deux titres, « C’est bon pour Radiohead » et pointe son fidèle Warren Ellis qui n’a quant à lui « plus ajusté son violon depuis 42 ans« . Et commencer comme il y a 4 jours son set avec 5 minutes d’avance, ce doit être aussi de l’humour à la Nick CAVE…
On n’est d’ailleurs pas bien loin de la messe, de la grand messe dans une parfaite communion entre le célébrant et les fidèles, où le pain et le vin ont fait place à la symphonie et à l’harmonie, à la fusion et à l’unisson. On entre en vibration avec Nick CAVE comme on entre en religion. Une célébration de deux heures et demi qui ne se conte pas mais qui se vit, qui ne se raconte pas mais qui s’intériorise, qui se partage et qui transcende. Un office de deux heures et demi duquel tu ne ressors pas indemne, duquel tu ne ressors pas le même.
Nick CAVEand The Bad Seeds, c’est 11 personnes on stage, ou plutôt 11 personnages : 4 choristes, 1 batteur, 1 percussionniste, 1 guitariste, 1 claviériste, 1 bassiste (et 2 impressionnants Fender comme on n’en voit plus) ainsi que l’incontournable et peut-être trop présent (à notre goût) multi-instrumentaliste Warren Ellis. Nick CAVE, ce n’est pas, ce n’est plus uniquement un concert, une messe ou un office, c’est une expérience mystique, sensorielle et transcendantale. Une expérience absolue. Ni plus. Ni moins. Tu es mon berger, là où tu iras j’irai. Ite missa est.
On se souvient toujours de la première fois. Et de la seconde aussi. La première fois qu’une prestation nous a arraché des larmes – des larmes d’émotions, de joie et de bonheur – c’était il y a deux ans à peine. La seconde fois, c’est ce soir – et ce sont cette fois des larmes d’émotion, de tristesse et de bonheur à la fois. Mixed feelings, mixed feelings… On se souvient toujours de son premier Nick CAVE.
Avec 5 minutes d’avance sur l’horaire prévu, le mutant en costume débute son set sur la scène Zanzibar alors même que The SPARKS mettent un point d’honneur à clôturer en beauté leur démonstration de force sur la scène Razorback. De quoi rater l’entrée en scène de l’Homme – puisque les accréditations photos ont été réduites au strict minimum et que nous en sommes réduits à arpenter la plaine. Nous avions un plan, nous avons maintenant un problème. Et une tête de déterrée assortie à Nick CAVE. Soit…
Et, pour reprendre les termes de notre chère et tendre Fosse Commune qui ne saurait si bien dire : « Sur scène, ils sont environ huit cents. Je n’ai évidemment pas compté. Mais il y a les Bad Seeds, des choristes, des claviers, des percussions, des instruments partout et Warren Ellis, sa barbe de druide suffisamment importante pour qu’on puisse raisonnablement supposer qu’il accorde l’univers dans sa tête avant chaque morceau. Il joue assis. Le corps ne bouge plus beaucoup. L’univers intérieur, en revanche, semble toujours présenter de graves anomalies. Et au milieu de cette cathédrale : Nick CAVE« .
Lui ne fait pas un concert. Il officie. Il descend vers le public, se penche, tend les mains. Des centaines de bras montent vers lui. Les gens connaissent les mots, attendent les gestes, répondent, hurlent, se taisent ensemble. Vu de loin, soyons clairs : ça ressemble légèrement à une secte. Sauf que le gourou ne promet pas le bonheur« .
Nick CAVE parle de la douleur, de la perte, de la mort, de l’amour, de Dieu, de ce qui reste quand quelque chose ou quelqu’un a disparu. Il ne rend pas la souffrance jolie. Il ne prétend pas qu’elle va partir. Il la rend supportable. Et tu as quand même envie de chialer. Voilà. Deux scènes. Deux ambiances. Sans transition. The SPARKS te rappellent que la joie, l’absurde et un vieux monsieur de 81 ans qui fait une petite danse peuvent rendre l’existence formidable. Nick CAVE te rappelle que la douleur peut elle aussi devenir supportable lorsqu’on la partage« .
Tu sors de l’un avec envie de danser. Tu regardes l’autre avec envie de pleurer. Sauf qu’entre les deux, il faut réussir le grand saut. Et moi, je n’ai pas complètement réussi. J’avais encore The SPARKS qui sautillaient dans ma tête quand je suis arrivée devant Nick CAVE. Il fallait passer sans transition de l’absurde et de la joie à la douleur, au deuil, à la communion. J’ai eu du mal à accorder mes propres violons internes ».
Et puis soyons honnêtes : Nick CAVE, c’est deux heures trente. Moi, j’avais déjà deux jours de festival dans les pattes, des courbatures partout et un pied qui avait officiellement démissionné la veille. Et accessoirement je suis trop vieille pour ces conneries. J’ai donc quitté la messe avant la fin. Voilà. Je l’avoue. Mais on vient de me raconter un truc que j’ai d’abord pris pour une connerie. Sauf que non. Plusieurs personnes présentes me confirment la scène, dont une de nos juniors qui était placée devant, à la barricade, et qui a tout vu. Pendant Red Right Hand, Warren Ellis fait du Warren Ellis. Pour ceux qui connaissent le personnage, cette phrase pourrait presque suffire« .
Pour les autres : Warren Ellis, c’est le violoniste, multi-instrumentiste, barbu mystique et compagnon de route de Nick CAVE depuis des décennies. Un musicien absolument monstrueux qui possède également sur scène un rapport assez personnel avec les lois de la physique et la conservation du matériel. Il joue. Il a un rapport physique à la musique. Et les archets ont parfois tendance à quitter leur zone d’utilisation réglementaire. Donc vendredi soir, pendant Red Right Hand, l’un d’eux est donc parti. Jusque-là, visiblement, rien de totalement exceptionnel dans l’univers de Warren Ellis. Petit problème. Cette fois, il y avait quelqu’un sur la trajectoire« .
L’archet arrive dans la tronche d’un spectateur et lui ouvre l’arcade. Et là, la scène devient magnifique. Le final vocal du morceau s’arrête un peu plus tôt que d’habitude. Nick CAVE s’excuse et, selon notre témoin placé devant, demande immédiatement à Warren Ellis de présenter lui aussi ses excuses. En français. Tout de suite. Je n’ai pas les mots exacts de Nick CAVE et je ne vais donc pas les inventer, mais l’esprit rapporté de l’échange tient à peu près dans : Warren. Putain. Tu t’excuses. En français. Et Warren s’exécute. Il promet en français de ne plus balancer ses affaires dans la gueule des gens. Voilà. Puis le spectateur part se faire soigner ».
Et selon un autre témoin qui l’aurait recroisé un peu plus tard, il aurait gardé l’archet. Ce qui me paraît finalement constituer un arrangement commercial assez honnête. Une arcade : un archet. On est quittes. J’avais écrit ce matin à propos de Warren Ellis : « Le corps ne bouge plus beaucoup. L’univers intérieur, en revanche, semble toujours présenter de graves anomalies. » Je maintiens. Et j’ai maintenant une pensée particulière pour son roadie, qui doit avoir développé au fil des années une capacité assez exceptionnelle à repérer le moment précis où Warren commence à partir et où il devient nécessaire de mettre les objets fragiles et le public à l’abri. Maintenant, je cherche évidemment la photo du type qui a pris l’archet mystique de Warren Ellis dans la trogne. Je suis jalouse. Un peu. Pas de l’arcade ouverte. De l’archet. Merci ».
Sacrée Fosse Commune, va ! Nous aussi on t’aime bien – merci. Mais tout cela est quand même passer sous silence la monstruosité phénoménale du personnage Nick CAVE et sa monstrueuse phénoménalité. 2h30 de concert, ou plutôt de traversée qui t’emmènent quelque part entre les Enfers et le Nirvana, entre le Ying et le Yang, entre les rires et les pleurs. Entre joie, mélancolie, spleen, nostalgie et tristesse. On y entre avec le sourire et on en ressort avec les tripes nouées. On y croise la joie et le deuil, la rage et la douceur, le désir et la solitude. On peut danser quelques minutes avant de sentir monter les larmes. Hurler avec la foule, puis se retrouver soudain terriblement seul face à une chanson.
Et lorsque CAVE quitte la scène, quelque chose demeure. Une étrange ivresse, un peu de vertige, et cette sensation rare d’avoir, pendant deux heures et demie, touché du doigt quelque chose de profondément humain. Nick CAVE joue avec nos contradictions comme avec les touches d’un piano : il fait surgir la lumière du fond des ténèbres, la tendresse au cœur de la violence, l’espoir là où il ne devrait plus en rester.
Il faut se méfier des concerts de Nick CAVE : on n’en ressort jamais tout à fait indemne. Ce soir encore, le Bad Seed en chef transforme le Cabaret Vert en cathédrale païenne où la rage embrasse la tendresse, où les morts semblent danser avec les vivants et où chaque chanson vient gratter quelque chose que l’on aurait préféré laisser enfoui. Nick CAVE ne donne pas un concert. Il ouvre une plaie. Et, curieusement, on le remercie pour ça.
La puissance du métal, le pouvoir de l’absurde – c’est ULTRA VOMIT tout craché (ou vomi, c’est selon) avec une formule que le groupe perfectionne depuis plus de vingt ans : une combinaison apparemment improbable de métal rigoureusement exécuté, de références musicales immédiatement reconnaissables et d’humour volontairement régressif. Évier Métal a tout juste le temps de s’installer que le programme se précise : riffs puissants, changements de registre et détournement méthodique des conventions du métal dans une ambiance festive et une joyeuse rigolade sans jamais se prendre au sérieux. ULTRA VOMIT ne commence pas par ménager son public, mais par lui fournir immédiatement le mode d’emploi de la soirée.
« Doigts de Metal » en début de la setlist confirme sa fonction : établir rapidement un langage commun entre la scène et le public, traduisant la méthode ULTRA VOMIT où le comique repose sur les sujets absurdes, les associations de mots improbables et des références populaires. L’écriture musicale reste toutefois suffisamment précise pour que chaque pastiche soit reconnaissable, avec l’aisance de passer d’une famille du métal à l’autre, sans que la qualité instrumentale ne soit sacrifiée à la plaisanterie. Le band passe avec un étrange sérieux des codes du black métal, notamment dans le traitement vocal, tout en conservant des thématiques qui relèvent de l’absurde. Le contraste résume parfaitement l’identité d’ULTRA VOMIT : plus l’objet paraît dérisoire, plus l’habillage musical est travaillé.
Cerise sur le gâteau, « Mouss 2 Mass » interprété avec la participation du chanteur de Mass Hysteria, renforçant le lien entre la parodie et la scène métal française que le groupe célèbre autant qu’il la détourne entre hymne métal surdimensionné et hommage parodique décalé à cette esthétique presque solennelle interdisant toute gravité durable. ULTRA VOMIT ne se réduit ni à un groupe humoristique jouant du métal, ni à un groupe de métal ajoutant quelques plaisanteries entre ses morceaux: toute la magie repose sur l’équilibre entre ces deux dimensions. Les références ne fonctionnent que parce que les musiciens sont capables de reproduire et de transformer les codes qu’ils caricaturent. Inversement, la virtuosité ne devient jamais démonstrative, puisqu’elle reste constamment placée au service du gag, du jeu collectif et de l’autodérision – alliance entre maîtrise musicale et humour potache. Une prestation à la fois régressive et rigoureuse, absurde et parfaitement maîtrisée, qui confirme qu’avec ULTRA VOMIT, on peut rire des codes du métal sans jamais rire de sa musique.
Cabaret Vert, jour 2. Le festival a changé de ton. Après une journée très rock et métal jeudi, les festivaliers ont eu droit à une programmation plus douce, plus pop, plus… comment dire ? Moins punk mais plus pink, dirons-nous. Et The SPARKS n’y sont pas pour rien. Fosse Commune nous ôte les mots de la bouche, alors rendons à Fosse Commune ce qui est à Fosse Commune. C’est parti mon kiki:
« BREAKING FOSSE #8 – CABARET VERT : SPARKS VS NICK CAVE, DEUX CLAQUES DANS LA GUEULE, DEUX AMBIANCES EN FINAL. Il y a des problèmes de riche en festival. Celui d’hier soir était particulièrement agaçant au Cabaret Vert: The Sparks terminait son set à Razorback au moment où Nick Cave and The Bad Seeds commençait le sien sur la scène principale. Ça devrait être interdit ! Impossible de voir la fin de l’un sans rater le début de l’autre. J’ai donc fait un choix parfaitement scientifique : The Sparks devant, Nick Cave dans les écrans. Ce qui explique accessoirement pourquoi j’ai des photos de Ron Mael à trois mètres et de Nick Cave grand comme un immeuble sur écran géant. Ce n’est pas un parti pris esthétique. C’est le running order. The SPARKS. Je savais évidemment qui étaient les frères Mael. Mais je n’étais pas venue en pèlerinage. Et je n’étais surtout pas préparée à ça« .
Russell Mael, 77 ans, débarque en costume rose et entreprend immédiatement de se comporter comme si son acte de naissance avait été falsifié. Il chante, bouge, occupe la scène, joue avec le public avec une énergie qui serait déjà agaçante chez quelqu’un de trente ans de moins. Derrière son clavier, son frère Ron, 81 ans, tunique bleu nuit, lunettes rondes et immobilité hiératique, ressemble pendant ce temps à un vieux maître taoïste légèrement contrarié par l’agitation générale. Et tout le génie visuel de Sparks tient déjà là : devant, Russell virevolte. Derrière, Ron regarde le monde comme s’il avait depuis longtemps compris quelque chose que nous ignorons. Jusqu’au moment où Ron se lève. Et danse. À 81 ans. Avec un immense sourire. Et là, tout le monde devient complètement con« .
Mais surtout : derrière les deux frères, ça joue sa mère. Un guitariste totalement allumé, qui semble vivre son propre show à l’arrière. Il se déhanche. Fait le con. On dirait qu’il traduit les morceaux en langue des signes. Mais pour les gens légèrement azimuté. Un bassiste en Rickenbacker absolument imperturbable, qui pourrait donner l’impression d’attendre tranquillement son tour à la Poste si son groove n’était pas en train de déplacer plusieurs organes internes. Une section rythmique monstrueuse. Une précision indécente. On pourrait écrire : « À leur âge, ils ont encore une énergie incroyable ». Ce serait flan. Voire insultant. Sparks est incroyable. Point. Et c’est seulement quand quelqu’un te rappelle qu’ils ont 77 et 81 ans que tu réponds : PARDON? « .
This Town Ain’t Big Enough for Both of Us sort en 1974 sur Kimono My House. Le morceau a donc 52 ans. The Sparks, c’est plus d’un demi-siècle de carrière avec les frères Ron et Russell Mael, et une influence assez délirante sur tout ce qui viendra ensuite : art-pop, new wave, synth-pop, électro. Leur virage avec Giorgio Moroder à la fin des années 70 laissera notamment de très grosses traces. Et histoire de situer le machin : Siouxsie and the Banshees ont repris ce morceau en 1987. Hier au Cabaret Vert, Ron avait 81 ans. Russell 77. Maintenant regardez-les. 52 ans, le morceau. Puis il faut partir. Parce qu’à l’autre bout du festival, Nick Cave a commencé la messe. Et là, sans transition, on change d’univers. On vient de finir de chanter des conneries en chœur. Et d’un coup on débarque dans une ambiance funéraire« .
Pas de pass-photo pour le set de DEFTONES… Mouais… Quatre médias accrédités seulement… Cette édition du Cabaret Vert est marquée par tellement de restrictions-photos (et ne parlons même pas de Nick CAVE demain…) que certains collègues habitués comme nous du pit et du crash-photo décident tout simplement de jeter l’éponge et de ne même plus revenir demain. Sans parler de ces artistes qui te demandent la signature préalable d’un contrat et/ou qui exigent de valider tes clichés avant toute diffusion. Il est passé où le rock’n’roll hein, il est passé où ce fuc*king de pu*ain de rock’n’roll ? Hein…?
On ne résiste à nouveau pas à l’envie de reprendre derechef la review de Fosse Commune pour agrémenter ces quelques clichés volés et pris à la sauvette depuis bien loin dans le public: « BREAKING FOSSE #4 – CABARET VERT – ON A VU DEFTONES. Vu mon état de fatigue ça va être télégraphique. Bref. J’ai vu Chino Moreno. Le seul type qui peut porter un pantalon cargo trop court avec des chaussettes blanches et être sexy as fuck. J’ai déjà écrit, à l’occasion du Mainsquare 2025, tout ce que j’ai à dire sur Deftones. J’enlève pas un ligne. Au Cabaret Vert. Ils ont joué 1h20. Ils sont rentrés sur Be Quiet and drive. Au milieu on a chanté Change…ah ah ahhh ah ah ahhhhh. J’ai perdu ma voix. Me suis engueulée avec la meuf de devant qui filmait tout. J’ai quand même fini avec un pied nu (une sale histoire). Le jeudi de l’enfer touche à sa fin. A cette heure je rêve d’un plaid et d’une camomille« .
Perso, The DEFTONES ne nous ont pas franchement transcendé – et sans doute sommes-nous parmi les seuls à rester sur notre faim à en écouter tous les dithyrambiques commentaires qui fusent sur la plaine du festival. Franchement, oui franchement, les Californiens n’ont pas inventé grand chose. Depuis 1988 que les gars sont à la manoeuvre, on pouvait espérer et attendre un peu plus de consistance, d’audace et de grandiloquence rock’n’rollesque. Mais non: un set d’une banale et affligeante banalité. Rien à jeter, non. Mais rien à en garder non plus. Dommage…