
Le mystère Dallas GREEN demeure entier : avoir tourné les tatouages à ALEXISONFIRE pour fonder CITY & COLOUR, c’est comme passer du tuning au macramé, ou du Zyklon B à l’extrait de lavande. C’est comme sauter de l’époque de Cro Magnon au Siècle des Lumières (sans passer par la case "Ecoute, je vais t’expliquer…"). Nous l’écrivions déjà l’été dernier à l’issue de son concert luxembourgeois: le mystère demeure, à l’instar d’une belle équation à plusieurs inconnues. Ah ! ce Dallas GREEN – quelle volupté ! 110 minutes de promenade sur d’improbables mélodies, tantôt bercées de ses seules voix et guitare qui emplissent l’Ancienne Belgique comme le vin à Canna, tantôt portées par un band qui a tout du fils naturel de Crazy Horse (on parle ici des Canadiens de Crazy Horse, pas des greluches parisiennes du Crazy Horse).


CITY & COLOUR envoûte une Ancienne Belgique comme lovée dans un cocon, calfeutrée dans la chaleur de cette voix sans nulle pareille et caressée par des mélodies d’une sensibilité et d’une douceur qui frappent là où ça fait mal. Et quand le band balance (trop) occasionnellement toute la sauce, ça groove et ça secoue là où ça fait du bien. Car CITY & COLOUR tel un équilibriste ajuste le dosage parfait, proposant une set-list qui alterne subtil song-writing tout en délicat toucher, et ravalement de façade au Kärcher®. Dallas GREEN nous promène ainsi où il veut, menant son public par le bout du nez là où il l’entend. Et ce n’est pas un fuckin’ idiot (sic) qui se fait jeter de la scène qui gâchera notre plaisir : ainsi que le Dallas s’en explique, il n’est pas sensé attendre de savoir si c’est un pote à lui ou quelqu’un qui ne lui veut pas que du bien avant de le faire virer off stage… 1h50′ de pur plaisir et de voyage enchanteur des Rocheuses au Niagara, du roc(k) à la fluidité. Pour la seconde fois cette semaine (cf. MONSTER MAGNET ci-dessous), les rideaux témoignent cependant d’une Ancienne Belgique en deuil. Mais comme mercredi dernier, ce n’est que pour mieux calfeutrer la délectation du moment présent avec les seuls gourmets…


19h45, heure de l’apéro. Sur le plateau, du banzaï nipon de chez nipon: du lourd avec CHURCH of MISERY. Allez savoir s’ils chantent en anglais, en japonais ou en yiddish. Après tout qu’importe: le doom metal tendance psychédélique n’a pas à se torturer les méninges avec ce type de considérations – et nous non plus d’ailleurs. Le hic est néanmoins l’affluence réduite ce mercredi soir: le bon peuple de déserter non seulement CHURCH of MISERY mais surtout de ne pas non plus arriver à l’heure dite pour la grand messe où officie MONSTER MAGNET.
C’est ainsi une Ancienne Belgique bien tristounette mais d’autant plus chaude qui attend Mr Space Lord (Mthrfckr !). En toute toute grande forme, il nous sert sur un plateau d’argent l’intégrale de leur dernier et fabuleux "Last Patrol" une bonne heure durant. Cette dernière perle signée MONSTER MAGNET revêt toute sa dimension ou plutôt toute sa démesure live on stage, passant du rouleau compresseur au kleenex et de la plume à l’enclume en un tournemain.

Une performance que le quintet signe avec un retour aux sources qu’il qualifie lui-même comme full-on psychedelic space-rock with a 60’s garage feel, a kind of space-noir, tales of cosmic revenge, peaking libidos, alienation and epic strangeness. Tout est dit – et comme il y a un peu plus, on vous le met aussi.
Une bonne heure durant, cette monstruosité est livrée toute chaude telle que sortie du cerveau fou de Dave Wyndorf. Son visage revêt un masque d’autant plus dantesque que les halogènes rouges amplifient leurs effets. Demeurant au centre de toutes les attentions, Wyndorf reste flanqué de ses deux lead guitars puissantes et solides, elles-mêmes soutenues par une rythmique aussi lourde que littéralement plombante. Comme à son habitude, il passera une partie du concert dos au public, jouant de sa guitare on ne sait trop quoi ni comment avec toute la machinerie disposée sur sa table magique : balançant toute sa sauce à effets psychédéliques tandis que les deux leads rivalisent de part et d’autre de la scène durant de longs duels, la marque de fabrique estampillée MONSTER MAGNET nous livre en boucles ce groove hypnotique et ces loops redondant et saoulant qui donnent le tournis. Ou la gnack, c’est selon.
La camisole de force attend le public à la sortie – et il y en aura pour tout le monde vu la triste affluence: jamais il nous avait été donné de contempler avec tant d’amertume l‘Ancienne Belgique en deuil. Les tentures noires occultent les galeries supérieures et le balcon comme pour conférer davantage d’intimité à une salle indigne du MAGNET. Les absents ont toujours tort ; les archives de l’AB (et Intensities in 10s Cities) leur rappelleront bien vite que la prestation de ce soir était à la démesure de l’assistance clairsemée : sidérale (normal allez-vous dire, pour du space-rock). Stoner forever (… Mthrfckrs).

"Quand la Belgique aura compris que les frontières de la Wallonie ne s’arrêtent pas à Namur mais descendent un peu plus bas, ce groupe-là fera partie des meilleurs groupes belges de tous les temps": une bien rude vérité assénée dans la sono par Lolorganisateur au moment de saluer la prestation de la tête d’affiche de la soirée, AN ORANGE CAR CRASHED. Peu de temps auparavant, cette 1ère winter edition du Donkey Rock Festival commence fort, très fort avec nos petits chouchous et nos préférés : The WAY DAYS.

Malgré un bassiste de remplacement qui joue les intérimaires de choc ("de chez Trace" – sic), le quatuor ouvre la danse avec un set des plus énergiques agrémenté de nouvelles compos 2013 et de désormais classiques – façon de parler. Une fraicheur vintage et une sympathie sur scène à l’image de la spontanéité de leur production pourtant old timer : voilà du pur garage rock, primaire et brut de décoffrage comme surgi du passé, avec des rengaines qui tombent facilement dans l’oreille, marque de fabrique qui ne se dément pas au fur et à mesure de leur petit bonhomme de chemin.

It’s a long way to the top if you wanna rock’n’roll : certains comme The WAY DAYS sont déjà (quasi) au top, mais reste à en convaincre le reste du monde (et si pour les décideurs de Bruxelles la Wallonie ne s’arrêtait pas à Namur, etc. etc.). Dommage que le Laney crachait le gras de ses basses vers le backstage parce que là-derrière, mes aïeux, quel groove vous avez raté… !!

Si nul n’est (pas toujours) prophète en son pays, que dire alors d’AN ORANGE CAR CRASHED ?! Leur prestation de ce soir est la plus percutante à laquelle il nous ait été donné d’assister. Servi par une sono et un light-show à la hauteur des talents sur scène, le panache est en plus au menu pour décupler avec brio une certaine idéologie par ailleurs pas déplaisante pour un sou. Avec le Fils du Père à la lead guitar, ne manque que la descente du Saint-Esprit pour que la Trinité rayonne sur Sélange ! Le grand art est la marque de fabrique des Pemmers, et le show leur ADN – jusqu’à qu’à ce qu’autopsie post-mortem s’en suivre, Herr Doktor.


Attaquer une six cordes à la visseuse en fin de set est par ailleurs excellent pour le conduit auditif et pour le show – un peu moins sans doute pour le matos. L’excentricité et la puissance de cette démonstration de force met une fois encore en scène tout le talent et toute la géniale créativité du groupe dans un genre coldwave aussi particulier que son registre shugase hors-normes.

Les locaux de MAX MALLONE clôturent la partie « concerts » de cette soirée, manière de faire retomber la pression et augmenter le débit de celle du bar. Mention particulière également en regard de la la prestation des Bruxellois de ORGANIC. Cependant, coincés entre le marteau (The WAY DAYS) et l’enclume (AN ORANGE CAR CRASHED), pas facile pour eux de tirer les marrons du feu. Sélange, rock city : son Donkey Rock Festival (summer & maintenant winter editions), ses géniaux organisateurs, ses bénévoles d’enfer, son ambiance de Dieu le Père, sa chaleur et sa sympathie légendaires. Décidément, il est des coins où il fait bon vivre le r’n’r ici-bas, très bas en Lorraine, bien loin de Namur et de Bruxelles…
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Un costume sobre à l’image de celui qu’il est devenu, c’est l’habit gris de lumière du sieur Hintjens, ARNO de son prénom. Lui tirer le portrait est une jouissance de fin gourmet: tantôt écorché vif, tantôt écorchant à vif, son faciès marqué par l’âge et les excès est comme un masque de cire aux multiples facettes. Elles sont toutes complémentaires et pourtant uniques à la fois, stigmates d’une vie de bâton de chaise tout en rayonnant d’une bonhomie joviale et d’un humour grinçant, avant d’être l’instant d’après tristes et lugubres comme un jour sans bière. Chacune de ses expressions, chacune de ses grimaces, chacune de ses gimmicks est une poésie, un roman, un tapis d’éveil pour pixels et l’occasion de passer par tous les spectres de tous les visages possibles…
ARNO déroule toute sa belgitude déglinguée sur le plateau ardennais. De ses chères moules ostendaises à Tintin & Milou, du plat pays aux sommet de l’Ardenne, des gros robert de sa grand-mère pianiste aux iconoclastes yeux de sa mère, notre ARNO national tantôt émeut, tantôt amuse. Tantôt secoue, tantôt attendrit, tantôt remue, tantôt languit. Sa voix brisée colle à tous les registres par lesquels il transporte une salle pleine à craquer, terminant en bouquet final avec quelques classiques TCMatic pour secouer une dernière fois le cocotier. Sobre, sans dérapage ni coup d’éclat, ARNO signe un set propre et sans excès, comme pour mieux faire passer aujourd’hui par le biais de l’émotion ce qu’il transmettait auparavant à grands coups de frasques.

Toujours aussi volubile et charmeur, il conserve le charme du vagabond qui s’est mis ce soir sur son 31 pour mieux plaire encore à sa belle: la totale classe, qui le rend encore plus séduisant ou attendrissant – c’est selon. Soutenu par un band qui groove grave et qui – parfois – déménage, tous les registres sont à la carte et transportent le public des rires au larmes, du r’n’r à la mélancolie, du poétique à l’irrévérencieux. Mais toujours avec la touchante et émouvante ARNO touch qui conserve à ce fou du roi le charme du personnage assurément le plus attendrissant et le plus entier que la scène belge ait sans doute jamais connu.

Uncle Acid and the Deadbeats est l’opening band parfait pour le sabbat: un véritable apéritif qui ouvre adéquatement l’appétit avec un son lourd et lent directement inspiré du SABBATH. Great job, guys ! Mais le véritable plat de résistance s’annonce quant à lui cinq minutes avant l’heure dite, à grand renfort de I can’t fu****g hear you, fu**ers… et autres Let’s go fu****g crazy ! Rien de bien neuf dans la bouche d’Ozzy somme toute, éructant depuis le backstage alors même que le rideau ne s’est pas encore levé et que le Ziggo Dome tout éclairé demeure dans l’attente de l’heure H.
Entrée en matière classique donc, mais qui fait toujours son petit (et moins petit) effet: on a beau le savoir et s’y attendre, le plaisir reste intact ! Et il en est de même pas moins de 120 minutes durant, pour ce qui doit être dans l’absolu – et de mémoire parfaitement subjective – notre meilleur SABBATH. Non pas qu’Ozzy soit particulièrement plus en verve que les précédentes fois: fidèle à lui même, à ses mixtures et à ses seaux d’eau (à usage exclusivement personnel cette fois-ci), il dodeline de gauche à droite en arpentant la scène et en se la jouant chaudement complice avec ses potes. Non pas que ce soit un véritable soulagement de retrouver un Tony IOMMI au meilleur de sa forme, comme si cette saloperie de cancer (qui avait eu pour conséquence d’annuler la précédente tournée – voir par ailleurs) n’était plus qu’un mauvais souvenir.
Non pas que Tommy CLUFETOS soit d’une redoutable efficacité, plus impressionnant que jamais et parvenant même à rendre réellement captivant l’exercice pourtant éculé du solo de batterie (ramené par Ozzy dans ses bagages, il est loin le temps où il officiait et faisait ses premières armes aux côtés de Nugent). Non pas que Geezer BUTLER demeure l’un des bassistes les plus efficaces qu’il nous ait été donné d’admirer en plein bucheronnage – ce ne sont plus des doigts qui terminent ses mains, ce sont des bielles au bout d’un vilebrequin à plein régime. Non pas que BLACK SABBATH nous délivre deux véritables heures de total massacre, comme dopé au space-cake amstellodamois, baigné dans un light-show époustouflant à l’image d’une sono irréprochable. Non: la prestation de ce soir est probablement la meilleure qu’il nous ait été donné de vivre car pimentée de trois véritables perles tout juste sorties de leur écrin, l’album come-back de cette année 2013.
Agissant comme un véritable détonateur, cet album est comme le déclencheur d’une nouvelle jeunesse du SABBATH sur scène qui retrouve sa pêche, sa complicité, son efficacité, son énergie et sa démesure d’antan, couplée à une bande son à la hauteur du casting de l’événement. Avançons un objectif bémol pour les sempiternels grincheux et autres pisse-vinaigre: la voix d’Ozzy demeure sujette à quelques passages disons… délicats (pour ne pas dire carrément douteux) après qu’il lui fallut déjà de longues minutes en début de show afin d’ajuster son organe !
Mais comment lui tenir rigueur de ces défaillances (de moins en moins) passagères, incapables de déteindre sur le tableau d’ensemble haut-de-gamme et tout simplement massacre ? Et puis, Ozzy reste Ozzy: demande-t-on à Van Gogh d’avoir ses deux oreilles ?! Parole du fiston, 18 ans, à l’issue de son premier SABBATH : "Tous comptes faits, il a une bonne bouille bien gentille et sympa, Ozzy. Il n’a pas l’air effrayant du tout finalement…". La vérité sort de la bouche des enfants, n’est-il pas? D’ailleurs, les trolls géants, c’est dans ce gigantesque Ziggo Dome qu’ils se trouvent ce soir, pas sur scène. Ce n’est malheureusement pas le grand absent de ce soir, Bill Ward, qui nous contredira.

21h03′ : la Sécurité nous emmène, direction front-stage. L’agreement que chaque photographe a préalablement dû signer mentionne les contraintes et conditions habituelles de travail: nous disposons des trois premiers morceaux pour opérer, et bien sûr sans flash, etc., etc. – ritournelle habituelle. Nous ne sommes ce soir "que" sept privilégiés à avoir été accrédités par et pour SIMPLE MINDS. Emmenés donc par une paire de vigiles G4S à travers les sombres couloirs qui courent par-dessous les gradins de Forest, nous déboulons backstage puis enfin frontstage. Arrivés aux côtés puis au devant de la scène quelques instants seulement avant que les lumières de la salle ne fassent place à celles de la scène, la vue de la "cuvette" de Forest confirme le fait que cette salle demeure bien l’une des plus impressionnantes et des plus chaleureuses du circuit européen – opinion du reste strictement personnel.

D’une taille restée relativement humaine, sans sombrer dans le gigantisme de bien d’autres arènes plus modernes, plus fonctionnelles et bien plus vastes, Forest National conserve cette (toute relative) intimité comme nulle autre pareille de par la configuration de ses gradins : tout en courbes, depuis le toit jusqu’au sol, ils emmitouflent littéralement la scène sans jamais l’étouffer ni en être trop éloignés non plus. Cette architecture confère à la salle bruxelloise l’ambiance presque feutrée d’un club mais à la puissance 1000 ! Combien de bands n’ont-ils d’ailleurs pas profité de leur passage par Bruxelles pour immortaliser cette vue et cette ambiance si particulières, a fortiori lorsque les plus de 8.000 places sont sold-out comme ce soir…?! SIMPLE MINDS a déjà affiché complet la veille à quelques kilomètres seulement, à la Lotto Arena d’Anvers : c’est dire si ce "Greatest Hits+ Live Tour" porte fichtrement bien son nom en fédérant par milliers quadras et quinquas à la recherche du temps passé, nostalgiques de leurs frissons et de leurs émois du début et de la première moitié de ces sacrées eighties…!


105 minutes durant, SIMPLE MINDS nous assène le best of the best de leurs greatest hits, réussissant bien des fois à faire lever, à faire frapper des mains, à faire chanter et danser tout Forest – oui: absolument tout Forest : impressionnant ! Certes, tout le monde a pris de l’âge et des kilos depuis ces glorieuse eighties, tant sur scène que dans le public, mais les fidèles comparses de Jim Kerr assurent, tout comme lui, à la perfection – sans parler d’une choriste black moulée dans un tailleur pour le moins seyant, et à l’organe tout aussi remarquable que la houppette du Jim. Une rythmique impeccable, des claviers typés eighties tout ce qu’il y a de plus british wave des années ’80 (… presque kitch…), une set-list de tubes confectionnée pour charmer le plus grand nombre, sont ici réunis tous les ingrédients d’une soirée Scottish tout aussi réussie que festive et dansante, aux vertus raffermissantes et rajeunissantes.
C’est là un exercice néanmoins "facile" pour la machine à tubes qu’est resté l’élixir de jeunesse SIMPLE MINDS, en ne courant du reste pas le risque de s’aventurer hors de ces sentiers battus et rabattus. 8.000 fêtards ont d’ailleurs effectué expressément le déplacement, et sont repartis se coucher quasi rajeunis de 30 ans… C’est-y pas joli et gentil ça, de rendre les gens heureux et tout guillerets en un tournemain ?! Même la sortie de scène de SIMPLE MINDS sur un tonitruant "The Jean Genie" de Bowie lancé à plein volume dans la sono depuis la table de mixage contribue à prolonger cette douce volupté alors que les néons blanchâtres de Forest lentement reprennent le dessus. A (New) Gold Dream… (is over).
Simple Minds @ Brussels, 1985 @ www.intensities-in-tens-cities.eu (All the World is a Stage – Chap. 1: "The Vintage Years 1978-2011")
























































































































