The most underrated band on earth. Et on pèse nos mots. AUDREY HORNE mérite un million de fois plus d’attention que ce que l’industrie musicale, les médias et le grand public consentent à lui accorder. Un million. Pas une virgule de moins. À ce stade, ce n’est plus de la sous-estimation, c’est une erreur de l’Histoire. Sans les prestations – hors catégorie – de Nick CAVE à Charleville-Mézières puis à Bohn cet été, nous aurions volontiers décerné à AUDREY HORNE, la bande de Bergen, le titre de concert de l’année 2026. Mais peut-être est-ce sans compter SÓLSTAFIR qui débarque demain en première tête d’affiche du Desertfest Belgium, avec la ferme intention de venir foutre le bordel dans notre classement et de peut-être redistribuer les cartes. Le suspense reste entier.




Le constat, lui, ne souffre aucune contestation : AUDREY HORNE joue dans une catégorie qui devrait lui valoir des stades, des salles combles et des cohortes de groupies en chaleur. À la place, on se retrouve au Verlichte Geest Club de Courtrai, une salle dont la capacité annoncée tourne autour de 200 personnes, avec seulement une centaine de privilégiés au compteur. Une centaine. Mais où sont passés les real r’n’rollers ?? Et encore, une bonne partie de l’assistance a traversé des frontières pour venir prendre sa dose. Des étrangers, des connaisseurs, des irréductibles de France, d’Allemagne et d’Angleterre. Même des Canadiens de Toronto ont fait le déplacement pour cette date belge et celle du lendemain à Paris. Ensemble, on a évidemment parlé de RUSH. Question de culture générale. Question de survie, aussi : quand on se retrouve entre gens qui savent encore reconnaître un riff avant qu’un algorithme ne leur dicte quoi écouter, les conversations finissent forcément par tourner rond.






Leur nouvel album, Achilles, tourne en boucle chez nous depuis sa sortie auquel le groupe fait la part belle en cette tournée éponyme, dont plusieurs morceaux occupent une place centrale et viennent rappeler que les Norvégiens n’ont rien perdu de leur science du riff et du refrain fédérateur. Alchimie entre compositions solides, refrains mémorables, plaisir manifeste de jouer et proximité avec le public, AUDREY HORNE est un condensé de 50 ans de hard-rock. Ils n’ont rien inventé mais ont tout intégré, tout digéré et tout assimilé pour régurgiter des compositions de première fraicheur. AUDREY HORNE devrait être porté au pinacle des bands qui ont toujours été au mauvais endroit au mauvais moment. Comment expliquer autrement le fait que ces Norvégiens évoluent en 4ème division (au mieux…) depuis deux décennies alors que gloire et honneurs leur reviennent de plein droit. Pour qui n’aurait pas percuté, AUDREY HORNE est de ces groupes qui ne se contentent pas d’interpréter leurs morceaux : ils les habitent, et considèrent la scène comme un endroit où l’on vient vivre, plutôt que pour y tirer des selfies.




Dire que cela fait bientôt deux décennies que ces gaillards triment sans récolter la reconnaissance qu’ils méritent ! AUDREY HORNE est l’incarnation même de ces groupes qui se retrouvent constamment au mauvais endroit, au mauvais moment, avec la mauvaise enseigne lumineuse au-dessus de la tête. Comment expliquer autrement le triste constat qu’ils évoluent encore et toujours dans les divisions inférieures, alors que leur talent de compositeurs et de performers aurait dû depuis longtemps les propulser dans la cour des grands ? Le show-business, cette misérable loterie où le talent n’est que condition facultative, où le piston se déguise en destinée et où le succès tient souvent davantage à un concours de circonstances qu’à la qualité de ce que l’on met sur la table. A part peut-être une belle paire.



La gloire ne se distribue pas au mérite. Elle s’offre aux bien placés, aux bien entourés, aux bien marketés. Pendant ce temps, d’autres continuent à suer sang et riffs dans des clubs trop petits, devant des publics trop clairsemés, avec des compositions de haut-vol qui valent pourtant leur pesant de platine. AUDREY HORNE connaît parfaitement cette vieille injustice. Et nous, spectateurs consentants de ce scandale à guitares, nous continuons de nous demander à quel moment le monde va enfin se réveiller.




Nous les avions découverts presque par accident, en première partie de DANKO JONES à la Rockhal, en mars 2017. Et déjà avions-nous pris une sacrée claque à l’époque, écrivions-nous : « (..) Mais la surprise du chef s’appelle ce soir AUDREY HORNE qui officiait en première partie, 3/4 heure durant. Il n’y a pas loin de penser que cette surprise du chef soit fin décembre 2017 notre surprise de l’année. Un peu tôt sans doute pour l’annoncer alors que nous sommes encore en hiver, mais c’est dire… ! AUDREY HORNE, c’est un sacré coup de fraicheur assorti d’une dose de bonne humeur sans pareille: quand on réussit ce tout de force sans par ailleurs réinventer la roue, ça témoigne d’un talent qui ne saurait mentir…« . On ne s’était pas trompé, et leur dernière perle Achilles enfonce encore le clou. Neuf ans plus tard, nous pourrions reprendre cette chronique, changer la date et envoyer la facture à tous ceux qui ont laissé passer le train. Car le miracle ne s’est pas évaporé. Il s’est bonifié, affûté, épaissi.




Le Verlichte Geest est un de ces innombrables clubs que recèle discrètement la Flandre. Là où l’Orval et la Duvel coulent à flot pour 4,00 ou 4,50 € quand la Cornet s’affiche à 3,5 €. Une certaine conception flamande du bien savoir-vivre, à l’étroit et dans l’intimité. Ce soir, une centaine de personnes suffit à faire monter l’applaudimètre jusqu’à des sommets qui feraient pâlir certaines arénas. L’enthousiasme ne connaît pas les jauges de sécurité: le public n’est pas là par hasard – il sait pourquoi il est venu. Il connaît tous les morceaux et reconnaît la valeur de ce qu’il a devant lui. Ce soir, la taille du club n’a aucune importance quand ce qui compte est cette évidence qui vous saute à la gorge : AUDREY HORNE mérite bien davantage que cette poignée de fidèles.






Alors que les Norvégiens roulent en queue de peloton, ils méritent le maillot jaune. Ils ont les jambes, le moteur, l’endurance et la classe. Il leur manque seulement cette bonne étoile qui transforme un excellent groupe en phénomène incontournable. Mais les étoiles finissent parfois par s’aligner. Et si Achilles ne suffit pas à faire basculer le destin de ces Norvégiens, il faudra sérieusement envisager de changer de planète…







