URIAH fucking HEEP (sic) : le premier album affiche 56 ans au compteur et toujours le feu au cul. Il y a des groupes qui prennent leur retraite. Et puis il y a URIAH fucking HEEP (re-sic). Cinquante-six ans au compteur donc, une tournée (d’adieu ?) baptisée The Magician’s Farewell et une furieuse envie d’en découdre : les papys du hard-rock britannique n’ont visiblement pas reçu le fax ou leur télex (voire leur télégramme) leur annonçant qu’il était temps de ranger les guitares et de s’occuper de leur cholestérol, de leur prostate et du reste de leurs mâles attributs.




En ce lundi 26 octobre 2026, le public de la Rockhal affiche une moyenne d’âge et des tonsures qui feraient passer un concert de la chorale locale pour une rave party. Mais qu’on ne s’y trompe pas : si les tempes grisonnent et que quelques articulations protestent, la passion, elle, n’a pas pris une ride. Cinquante-six années d’existence, des générations de fans et, toujours aux commandes, Mick Box, guitariste historique et dernier survivant de la formation originelle depuis même 57 ans (1969). Le bonhomme a vu défiler les modes, les musiciens et les décennies sans jamais lâcher son manche. Total respect, Man !



Petite anecdote comme on les aime (et comme on en raconte finalement si peu) avant la déflagration. Au café Urban qui jouxte la Rockhal au n°5 de l’Avenue du Rock’n’Roll – ça ne s’invente pas – Mick Box et son épouse ainsi que Bernie Shaw et Russel Gilbrook sont assis à ma table pour casser la croûte. Chips & fish pour l’un. On ne se refait pas. Burger frites pour les deux autres (idem). Le batteur s’enfile un litron de rouge. Les deux autres demeurent sobrement raisonnables. Une proximité aussi sympathique qu’inattendue avec ces monuments du rock. Quelques heures plus tard, les mêmes allaient rappeler à la Rockhal que le grand âge n’interdit nullement les décibels.




À 21 heures, les Anglais attaquent avec Grazed by Heaven, suivis de Save Me Tonight. Pas de mise en jambes pour arthrosiques, pas de rock sous perfusion : ça démarre pied au plancher. L’Hammond de Phil Lanzon dégueule ses nappes psychédéliques, la guitare de Mick Box découpe l’air et Bernie Shaw, sourire en coin, mène la baraque avec une énergie qui ferait honte à quelques jeunes premiers du circuit. Le voyage remonte ensuite le temps avec Shadows of Grief, Stealin’ et The Wizard. URIAH HEEP ne se contente pas d’aligner ses classiques comme des médailles sur un veston de gala : il les fait vivre, respirer et rugir. Et lorsque débarquent Sweet Lorraine puis l’épique The Magician’s Birthday, les minutes s’étirent, les claviers s’envolent et la guitare de Box rappelle pourquoi le hard rock des seventies n’avait besoin ni de machines ni de poudre aux yeux pour faire des dégâts.






Bernie Shaw évoque alors cette époque bénie où les groupes pouvaient envoyer des morceaux de dix à douze minutes sans déclencher une crise de panique chez les programmateurs radio, prenant comme exemple les Rush, King Crimson et autres Yes parmi ces formations capables de laisser le rock prendre ses aises. Une époque où le chronomètre était moins important que le voyage. URIAH HEEP, lui, n’a jamais eu peur des kilomètres.








Et quel voyage ! Gypsy balance son riff tellurique, July Morning déploie sa majesté progressive et Lady in Black transforme la salle en gigantesque chorale. Ici, pas besoin de prompteur pour savoir quand chanter : les paroles sont gravées dans la mémoire collective depuis des lustres. Le rappel achève de mettre les pendules à l’heure : Sunrise, puis Easy Livin’. Deux dernières décharges pour une salle qui n’a manifestement aucune envie de voir le magicien remballer son matos. Alors oui, The Magician’s Farewell sent le dernier tour de piste. Mais quel tour ! Et si la moyenne d’âge de la Rockhal rappelle que le temps passe, la prestation d’URIAH HEEP démontre surtout qu’il ne suffit pas d’être jeune pour avoir du feu dans les veines.



