The DWARVES + NINE POUND HAMMER @ Sjock Festival #50, Gierle – Lille, 12 juillet 2026

En ce dimanche après-midi qui aurait pu être un dimanche à la campagne tout ce qu’il y a de paisible et bucolique, deux bands parmi d’autres partagent la Titty Twister Stage qui, nouveauté notable de cette 50ème édition, n’est plus dévolue au rockabilly. Celui-ci est relégué sur la 3ème et petite scène du festival, la Bang Bang Stage. Nouveauté notoire qui donne définitivement au marquee ses lettres de noblesse comme jamais chapiteau n’avait été à la fête, oufti valet.

Un dimanche à la campagne pas comme les autres. NINE POUND HAMMER et The DWARVES, deux bands parmi d’autre en ce jour du Seigneur. Mais même combat. Messe noire pour amplis éventrés qui avaient déjà une sale gueule avant même que le premier accord ne tombe. En-dehors du marquee, c’est canicule. Sous le chapiteau, l’air est encore plus étouffant, lourd et humide, presque solide. Ça sent encore la bière morte d’hier, le cuir mouillé de ce midi, et la sueur froide de ceux qui vont monter au front. Personne n’est ici pour faire dans la dentelle, on est là pour assister à du brutal.

From Kentucky, NINE POUND HAMMER ce sont des habitués du Sjock, avec un Blaine Cartwrigh qui a pour habitude de zoner dans le backstage tout le weekend durant à stroner des bières avec sa femme Ruyter Suys. Mais il a troqué cette année sa co-leadeuse de Nashville Pussy par le batteur du combo, Ben Thomas. Faudra qu’on nous explique un jour cette joint-venture NINE POUND HAMMERNASHVILLE PUSSY quand il n’y a pas de raison objective de les voir ensemble. Quant à Cartwright, il ne joue pas de la guitare, il la racle – et ça donne à NINE POND HAMMER ce son de moteur grippé qui refuse de mourir.

Scott Luallen, indécrottable aux vocals, semble remonter d’un puits rempli de bourbon, de graviers et de souvenirs pourris. Chaque morceau transporte l’odeur d’un bar fermé à l’aube dans un Kentucky qui n’a rien d’une carte postale. C’est une terre brûlée traversée par des chiens errants et des types qui ne rentrent jamais chez eux mais qui jouent une musique qui trouve exactement l’endroit où ça fait mal. NINE POUND HAMMER creuse, riff après riff, jusqu’à trouer le silence d’un grondement sourd et animal (ça ne veut pas dire grand chose, ça…).

The DWARVES, c’est la même chose en pire. Ou en mieux, c’est selon. Ça cogne. Ça accélère. Ça se contracte. Ça explose. Puis ça laisse parfois suffisamment d’espace pour que tu comprennes que la prochaine déflagration va être encore pire. Le premier morceau explose avant même que le public ne réalise ce qui lui arrive. Un mur du son, une décharge électrique en intraveineuse dans la moelle épinière, des coups tirés dans une pièce sans fenêtres.

Les riffs sont taillés avec précision tandis que la batterie pilonne grave. Au centre, les vocals balancent la sauce avec une tranquillité inquiétante toute en contraste avec le band qui joue vite. The DWARVES, une masse sonore compacte et furieuse, avalée par le même rouleau compresseur. Faut dire aussi qu’outre un lead guitar à la Nugent – on parle d’un jeu de scène et de gimmicks d’un fou furieux – on a quand même Nick Oliveri à la quatre cordes, excusez du peu (Queens of The Stone Age et Kyuss, ça te parle, Gros ?).

Le cow-punk goudronné de NINE POUND HAMMER et la démence de The DWARVES se partagent ainsi la Titty Twister Stage comme on partage un dernier verre avant la fin du monde. Jusqu’au dernier accord. Puis, une fois que l’orage est passé, les oreilles sifflent comme des câbles électriques arrachés. Au-dehors, sur la plaine du Sjock, la vie continue comme si rien ne s’était passé.

Mais nous on sait que quelque chose s’est passé dans le marquee. Quelque chose de sale. Quelque chose de vivant. Quelque chose qui gratte encore derrière les côtes: ce n’est pas le souvenir de deux sets d’anthologie, c’est une cicatrice sonore qu’aucun baume ne viendra soulager. Et c’est ça qui est bon. Si vous en ressortez parfaitement intact, c’est probablement que vous étiez trop loin des caissons.