L’Islande. Lyrique quand elle déploie ses grands espaces. Féroce quand les guitares décident de labourer le terrain. Suffisamment déjantée pour rendre justice à un groupe qui transforme la mélancolie en déflagration: SÓLSTAFIR. Des racines black-métal, des envolées post-rock, une intensité émotionnelle croissante et une p*tain de langueur magnifique qui te tord les boyaux. Magnifique. Mirifique. Magnétique. Au DesertFest Belgium qui se tient pour la première fois en région liégeoise – de quoi dorénavant situer Seraing sur la carte entre Berlin, Paris, London et New-York – il y a des groupes qui jouent du métal, du stooner, du doom et du desert. Des bands qui font du bruit. Et puis il y a SÓLSTAFIR.






Nos quatre Islandais préférés semblent avoir été élevés par des volcans en éruption, nourris aux tempêtes arctiques et abandonnés à la naissance dans un fjord en pleine crise existentielle. Chez eux, la dépression a des panoramas grandioses, la mélancolie se promène en bottes de cuir et les guitares ont manifestement quelque chose de personnel à régler avec l’humanité. Oublions les cartes postales islandaises, les petits oiseaux qui chantent et les brochures touristiques vantant les mérites du grand air. SÓLSTAFIR, c’est l’Islande après l’apocalypse, quand les survivants ont rangé les armes, vidé la dernière bouteille et décidé de transformer leur désespoir en musique.




Leur cocktail hautement inflammable voit le post-métal flirter avec le black-métal et le rock psychédélique s’envoyer en l’air avec le post-rock. Pour enfanter quoi en définitive ? Des mélodies hypnotiques qui s’étirent jusqu’à donner le vertige. Une musique qui prend son temps, construit ses cathédrales sonores brique après brique, avant de faire sauter les vitraux à grands coups de riffs. Derrière leurs longues processions mélancoliques, au-delà des leurs nappes atmosphériques, se cache une bête autrement plus sauvage. SÓLSTAFIR sait faire monter la pression, laisser les émotions mijoter dans leur jus et transformer une lente et longue progression apparemment paisible en une véritable déferlante électrique.






Notre premier SÓLSTAFIR remonte déjà à l’édition 2014 du Sweden Rock Festival. Depuis, nous n’avons jamais réussi à nous départir de cette musique qui nous prend par les épaules, nous regarde droit dans les yeux et nous demande si on est vraiment certain que tout va bien dans notre petite existence. Au centre de cette étrange cérémonie, Aðalbjörn Tryggvason incarne à merveille cette spiritualité musicale et métaphysique: son chant porte cette rugosité, cette fragilité et cette intensité qui particularise tant la musique de SÓLSTAFIR. La douleur ne se maquille pas en héroïsme. Elle transpire, grince, se cabre et finit par prendre toute la place dans ton cerveau.



Ce qui rend SÓLSTAFIR si passionnant, c’est précisément cette capacité à brouiller les pistes. Les racines extrêmes n’ont pas disparu, même si le groupe a largement dépassé les frontières du black métal de ses débuts. Les morceaux peuvent s’ouvrir comme de vastes paysages, puis se refermer sur vous comme un ciel islandais qui aurait décidé de vous faire payer personnellement votre présence sur son territoire. Au milieu de la débauche de décibels du Desertfest, SÓLSTAFIR possède une autre forme de puissance : celle qui ne cherche pas nécessairement à assommer immédiatement, mais à s’infiltrer, à installer son climat, à te faire perdre progressivement tes repères. On ne ressort pas forcément indemne de ce genre de voyage. On en ressort avec les oreilles qui sifflent, l’âme un peu cabossée et l’impression d’avoir traversé un paysage où même les montagnes auraient besoin d’un psy.








SÓLSTAFIR n’a jamais eu besoin de choisir entre la beauté et la brutalité. Le groupe préfère les marier dans une union aussi improbable que durable, quelque part entre une aurore boréale et un cataclysme naturel. Et c’est précisément là que réside sa force : dans cette faculté à faire cohabiter la grâce et le chaos sans jamais donner l’impression de devoir choisir son camp. Une échappée qui ne promet ni soleil permanent ni retour garanti à l’état normal. SÓLSTAFIR, c’est beau, c’est lourd, c’est tordu, c’est déchirant. C’est la bande-son idéale pour regarder le monde s’écrouler en se disant qu’au moins, la catastrophe, elle, possède une sacrée bande-son. Et si l’Islande devait un jour être déclarée zone sinistrée pour cause d’excès de mélancolie électrique, on sait déjà qui appeler pour assurer la cérémonie d’adieu.




