The BRONX @ Sjock Festival # 50 – Gierle-Lille, 12 juillet 2026

A tout jamais, à tout jamais The BRONX restera pour nous associé à MC5 et plus particulièrement à son légendaire Wayne KRAMER. Ils se sont croisés ici-même sur la scène du Sjock (c’était en 2018), et le déjà unique et incomparable Joey Castillo m’avait demandé d’immortaliser l’instant en lui tirant le portrait backstage aux côtés de la légende vivante. De feu la légende vivante. Notre objectif en a encore le palpitant comme nous, rien que d’y penser. Plus tard dans la soirée, juste avant de partir à l’attaque des planches, KRAMER laisse tomber son mediator. Je le ramasse et le lui tends – avec son sourire carnassier et l’oeil pétillant, il me dit de le garder… Legend.

Huit ans plus tard, le punk est toujours au rendez-vous. Le Sjock aussi. The BRONX itou. Il vient même de se faire rouler dessus par une camion-benne. Il y a des concerts auxquels on assiste. Et puis il y a les concerts de The BRONX, où l’on accepte simplement de mettre sa carcasse à disposition d’un accident industriel. Pas de dentelle, pas de violons, pas de petite intro atmosphérique destinée à faire monter la tension : The BRONX débarque et balance immédiatement tout à la gueule du public. Le message est limpide : ce soir, personne ne sera propre, personne ne sera raisonnable et les genoux sont officiellement devenus une monnaie d’échange.

Matt Caughthran, lui, n’est pas vraiment un chanteur. C’est plutôt un possédé échappé d’un abattoir, avec un micro dans une main et suffisamment de rage dans les poumons pour alimenter une centrale nucléaire. Il arpente la scène comme si quelqu’un lui avait volé sa bagnole, sa bière et les dernières miettes de dignité qui lui restaient. A ses côtés, The BRONX transforme chaque morceau en baston de parking, en déclaration de guerre. Dans le public, ça saute, ça cogne, ça hurle, ça se relève avec un sourire de demeuré avant de replonger dans la marmite.

The BRONX n’a jamais été un groupe particulièrement intéressé par la subtilité mais plutôt par un mélange de hardcore, punk, rock’n’roll et cette délicieuse sensation d’avoir garé son cerveau derrière le bar avant d’entrer. Les guitares scient l’air comme des tronçonneuses, la batterie cogne avec la délicatesse d’un videur sous amphétamines et Caughthran continue de gueuler comme si sa survie en dépendait. Le pit ressemble à une machine à laver remplie de types qui auraient oublié de retirer leurs chaussures de sécurité dans une soirée qui n’a déjà plus grand-chose à voir avec la civilisation occidentale. Avec la civilisation tout court.

The BRONX ne cherche pas à réinventer le punk. Ils font mieux : ils le prennent par le col, le traînent dans la boue, lui collent une droite et lui demandent s’il en veut encore. Évidemment qu’il en veut encore. Parce qu’après un concert pareil, on ressort avec les oreilles en vrac, le t-shirt transformé en serpillière, quelques bleus dont on ignore l’origine et cette étrange impression d’avoir survécu à quelque chose. The BRONX, c’est ça: du rock’n’roll sans airbag, sans contrôle technique et sans garantie constructeur. Et putain, qu’est-ce que c’est bon. The BRONX, c’est ça. Ce n’est que ça. Merci le Sjock.