Depuis la disparition de Lemmy il y a un an, à Noël 2015, on ne peut pas dire que la Grande Faucheuse ait beaucoup chômé en 2016. Lemmy a comme qui dirait donné le top départ d’une bien macabre course contre la montre qui a vu quantité de r’n’r stars passer de vie à trépas ces 12 derniers mois. Que ceux qui n’ont pas encore compris réalisent que ce n’est que le début d’une longue liste d’honorables papys, géniteurs du rock’n’roll, qui atteignent aujourd’hui l’âge respectable de tirer leur révérence et de quitter définitivement la scène. Sous le feu des projecteurs durant des décennies, ils passent aujourd’hui de la lumière à l’ombre rayonnante, de l’Histoire qu’ils ont écrite à la postérité qu’on leur réserve, passant du statut de monstres sacrés à celui de légendes, et de celui de légendes à celui de mythes…
From Francis Rossi:
"I was not ready for this. Rick Parfitt had been a part of my story for fifty years. Without doubt the longest relationship of my life: this was also the most satisfying, frustrating, creative and fluid. From those early days, we worked together to create the Quo sound, look and hits. We spent years on the road, on the stage and in the studio, rarely far from each other, honing what we did."
"We were a team, a double act, a partnership and yet also two very different people, handling the pressures of growing older, constant touring, dealing with success and keeping the creative flame burning in different ways. He developed his own sound, his own style, casually inspiring a generation of players".

Rick was the archetypal rock star, one of the originals, he never lost his joy, his mischievous edge and his penchant for living life at high speed, high volume, high risk. His life was never boring, he was louder and faster and more carefree than the rest of us. There were any number of incidents along the way, times when he strayed into areas of true danger and yet still losing him now is still a shock. Even in a year that has claimed so many of our best, including now George Michael, Rick Parfitt stands out. I was not ready for this." Dec. 24, 2016

SAXON qui a franchi les décennies comme autant de Rubicon s’en vient défier sans relâche de son inlassable fierté une époque qui se plait à ignorer ses faits d’armes passés. En ce pré-soir de Noël, le mythique quinteron de métalleux félons investit de sa noble barbarie les terres anversoises et lève une fois encore les légions de ceux qui leur sont restés fidèles.
GIRLSCHOOL et SAXON partageant au propre comme au figuré la scène du Trix à Anvers, c’est terminer l’année 2016 en beauté(s) avec un bouquet final de NWOBHM digne du Père Noël ! Celui-ci envahit d’ailleurs la scène en fin de soirée avec tout le road-crew en habits de circonstances, la joyeuse bande au grand complet déversant dans le public confiseries et chocolats par brassées entières. Totale party ce soir, manière de saluer le dernier show de la tournée européenne avant que la bande à Biff ne continue sur sa lancée outre-Atlantique début 2017.
Si la plastique de nos Ecolières girslchooliennes a subi les affres des décennies avec fortunes diverses, voire revers de fortune, c’est tout à l’inverse de leur rock’n’roll qui n’a pas pris une ride. 40 minutes de GIRSLCHOOL tous les 10 ans, c’est toutefois un peu peu pour notre équilibre psychique, mais quand la qualité compense la quantité…
Lemmy sera le fil rouge de cette soirée, le buste de l’une d’entre elles arborant le célèbre t-shirt de l’époque de leurs amours bestiales d’antan avant qu’elle ne lance un vibrant appel à son souvenir alors que nous sommes quasi un an jour pour jour après sa disparition.

GIRLSCHOOL et MOTORHEAD avaient convolé en justes noces vinyliques à l’orée des années ’80, noces électriques et célébrées à la vitesse de la Rickenbacker. Ce fait d’armes installa GIRLSCHOOL en de mâles repères qui restent d’actualité pour cet historique girls group voué au métal et à la distorsion. SAXON en rajoutera une couche par après avec un puissant Ace of Spade même s’il faut concéder qu’aucune version de quiconque n’arrivera jamais ô grand jamais à la cheville des boots du Gentleman Kilmister.
C’est assurément le meilleur show de SAXON auquel nous ayons assisté, avec une set-list qui nous balance rien de moins qu’un véritable best of apocalyptique de 120 minutes. Et que dire alors lorsque les deux bands prennent un malin plaisir à jammer ensemble par deux fois durant le set de SAXON, alors que Biff faisait déjà préalablement le pitre sur scène pendant la première partie, déambulant balai à la main au milieu des Ecolières qui chauffaient une salle pourtant déjà portée à ébullition.
L’intitulé des morceaux figurant sur la set-list de SAXON scotchée à même la scène pour Biff donne déjà à elle seule le ton joyeux et festif de cette soirée. Et si la déconne totale et la bonne humeur sont effectivement au programme, c’est toutefois sans négliger non plus une redoutable efficacité et une effroyable force de frappe que conservent les Anglais.
Avec déjà le tonitruant "It’s a long way to the top if you wanna rock’n’roll" repris à tue-tête par le public pour annoncer l’arrivée de SAXON sur la scène, il n’en fallait pas plus pour mettre tout le monde à genou dès la première minute de la soirée, et jusqu’à la toute dernière: merci petit Papa Noël…

Etre puni par où on a péché, mais aussi disparaître tragiquement au sommet de sa gloire – ou comment Rory GALLAGHER est entré au Panthéon de l’Histoire du RRR (Real Rock’n’Roll) par la toute grande porte. Ainsi se créent les mythes, ainsi les légendes s’écrivent. (Et si l’on est effectivement puni par où l’on a péché, que la prostate de Rocco Siffredi ne défaille pas avant le reste…). Rory avait 47 ans quand son foie a défailli, quand sa greffe a eu raison de lui. Nous n’avions que 30 ans. Il en a toujours 47 aujourd’hui, et nous en avons bien plus maintenant…
D’un blues-rock assez rustique jusqu’à un rock de plus en plus puissant dans les années ’80 avec le cataclysmique live "Stage Struck", GALLAGHER a toujours su garder une sensibilité très bluesy qui le démarquait des autres guitar heros. Jusqu’au triste soir où son corps de 47 ans n’en a plus voulu, de cette saloperie de greffe. Et de tout le reste qu’il lui avait fait endurer.
Nous n’avons eu droit qu’à un seul face-à-face avec la Bête – c’était en 1994 déjà. Rory GALLAGHER, c’était 100% party, 200% no compromission, 300% energy, 400% live on stage et 500% heart & soul. Ce soir à nouveau, les yeux fermés, c’est à s’y méprendre. Car BAND of FRIENDS n’est pas un tribute band : c’est un groupe au sein duquel le destin a, par la force des choses, troqué l’élément fondateur centripète par une symbiose explosive à force centrifuge.
En 35 ans de carrière, l’homme à la chemise à carreaux a vendu des dizaines de millions de disques sans jamais se la péter. Gerry McAVOY, durant vingt ans, a été le bassiste de celui que Jimi Hendrix himself désignait comme le plus grand guitariste. Nous avons déjà rapporté que dans une interview, à la question : "Qu’est-ce que ça vous fait d’être le meilleur guitariste du monde?", Hendrix répondit tout simplement: "Je ne sais pas, demandez à Rory Gallagher".
Gerry McAVOY rejoint donc le premier groupe de GALLAGHER en ’67 à Belfast. La littérature prétend que Rory avait réussi à articuler ses chorus dans une rythmique sous-jacente avec pour conséquence que, lorsqu’il partait en solo, on avait toujours l’impression qu’un guitariste rythmique jouait derrière lui. Cette technique terriblement exigeante fait que GALLAGHER n’a eu que très peu de successeurs. Et à ce petit jeu – ou plutôt à ce jeu de titan – Marcel Scherpenzeel n’a aujourd’hui pas que la consistance de Rory au sein du BAND of FRIENDS mais également son panache et sa flamboyance.
Edward " Ted " McKenna aux drums est le troisième homme du BAND of FRIENDS, lui qui a officié à la charnière des 70′ et des 80’s aux côtés de GALLAGHER également. Le trio ne fait donc pas que célébrer la musique de Rory, c’est également le son, l’énergie, le doigté, l’âme et le charisme de GALLAGHER qui sont à la fête ce soir encore. Encore, encore et toujours.
Y a-t-il d’ailleurs jamais eu autant de sueur qui ait coulé sur les planches du Spirit of 66, autant que ce soir, autant que Rory himself en aurait fait couler?! Too much is not enough: une étoile continue sacrément de briller là-haut, didju…

Ne jamais snober une pré-première partie, jamais ! Il y a de ces inattendus qui font ainsi grand plaisir: LIONIZE, par exemple. Si les Américains sont estampillés hard rock, ils évoluent dans une vaste étendue qui court bruyamment du reggae au funk. L’hyper-amplification est omni-présente et fidèle au rendez-vous, à l’image d’un organiste qui relève le recette d’une touche vintage loin d’être négligeable et désagréable. Oserions-nous dire que LIONIZE est pour nous la bonne surprise de cette fin d’année…?!
Comme quoi il ne faut donc ô grand jamais négliger ni snober les avant-soirées de première partie, celles-là même qui précèdent les têtes d’affiche – en l’occurrence CLUTCH ce soir. Total respect à ces bands à l’instar de LIONIZE qui se produisent seulement 30 petites minutes à l’heure de l’after-work dans des salles vides ou quasi. Total respect, les gars: vous avez fait de cet apéro-time un moment à très, très haute valeur-ajoutée. Et tant pis pour ceux qui étaient encore à leur affaires.
Leurs compatriotes de VALIENT THORR prennent les planches d’assaut une demi-heure plus tard pour nous déverser un stoner plus hard rock que véritablement stone.
Valient Himself à l’éructation, Eidan Thorr à la 6 cordes, le Dr. Professor Nitewolf Strangees à la basse, Voiden Thorr à la rythmique et Lucian Thorr aux drums: qu’on le(s) prenne au premier ou au second degré – voire mieux, au troisième – l’effet est boeuf et puissant. Et quoi de plus puissant qu’un boeuf?! Les faits ne trompent pas, et l’effet non plus.
CLUTCH: blues-métal ou métal-blues? Plutôt stoner-rock ou heavy-funk? Allez savoir. Un son tel une locomotive, vrombissant et rentre-dedans. La masse est fumante, à la fois souple et lourde mais fluide comme une coulée de lave incandescente, rendant l’atmosphère suffocante mais ô combien agréable et jouissive comme un sauna.
Voilà plus de deux décennies que les caïds de CLUTCH décrassent les oreilles avec leur southern blues metal & stoner bien poilu et couillu. Leur onzième galette «Psychic Warfare» est prétexte à cette tournée mondiale qui aligne de ces orgasmes musicaux en titane rugissant, aux antipodes de ces concerts fades et en panne d’inspiration.
CLUTCH nous a bluffé, réservant une de ces soirées auxquelles vous allez les mains dans les poches et qui finalement vous retournent comme une crêpe et vous lessive les neurones. Oui, ça existe encore – pour ceux qui en douteraient.

Tout s’éclaire quand vient le soir. Quelques homologues photographes (français) nous livrent l’explication d’un long, très long mystère. "T’as pas de carte de presse luxembourgeoise estampillée du sceau du Grand-Duc? Tu peux alors te brosser avant que Den Atelier t’accrédite pour le moindre de ses concerts…". Ceci explique donc cela, depuis de nombreuses années. Petit pays, petite mentalité…?
Par bonheur – ou plutôt par intelligence et tout simplement par intérêt – les labels et les tour managers ont l’esprit moins étriqué. Accrédité-photo ce soir par Nuclear Blast en l’occurrence, le label nous permet donc de contourner les doigts dans le nez ce tir de barrage d’un autre âge et cette espèce de protectionnisme passéiste et totalement petit. Quelques minutes seulement après avoir introduit notre demande d’accréditation il y a quelques jours auprès des organisateurs comme le veut la procédure, la réponse de Den Atelier fusait (comme chaque fois): pass-photo refusé par le label. Même pas envie de leur rétorquer que ce dernier nous l’avait déjà accordé…
L’affiche annonce MYRKUR en opening act mais qu’en est-il finalement ?! Inutile de le demander à Den Atelier – nous ne sommes pas sujet de son Grand-Duc. Un trio féminin venu d’ailleurs – une espèce de Mystère des Voix Bulgares – berce Den Atelier d’une douce et lancinante mélancolie a cappella qui sonnerait presque comme le glas avant de laisser le chant libre à OPETH. Et si ce n’est pas le glas, on ne peut pas dire non plus que ça égaye particulièrement les hardeux qui se replient en masse sur les bars pour se rafraîchir (?) de pils plates et tièdes facturées 4 € bien que servies depuis au moins 1/4 d’heure – voir plus si affinités.
OPETH… Les Suédois sont sensés combiner métal, doom, classic rock, prog, folk et même free-jazz. Si sur chaque CD pris individuellement le résultat peut sembler cohérent car formant un tout relativement homogène, tous ces "tout" mis bout à bout relèvent de la bouillabaisse en live. Un peu comme si on vous servait au restaurant le potage en même temps que le dessert et les zakouski avec le plat principal. Sans doute tous ces mets sont-ils, individuellement, délicats au palais. Mais quel gâchis et quelle purée quand le serveur vous balance indistinctement le tout dans votre gamelle avec tantôt comme un brin de morne arrogance tantôt comme avec un chouia de désinvolture – allez savoir…
Il n’est pas donné à tout le monde de jouer les équilibristes, de réussir cette savante et délicate alchimie d’allier les contraires, de marier les opposés et de réconcilier les extrêmes. Tout le monde ne s’appelle en effet pas Steven Wilson… par ailleurs mentor d’OPETH et même producteur de trois de leurs albums unanimement considérés comme les meilleurs du combo suédois (tiens, tiens…).
Mais ce soir, rien à faire, la sauce ne prend pas et vire à la soupe, la soupe à la bouillabaisse et la bouillabaisse à l’égout. L’essence d’OPETH n’est plus l’extreme-heavy sound de leurs débuts mais n’a pas encore trouvé sa juste tonalité non plus. Si l’essence d’OPETH est le changement – comme ils le prétendent – attendons alors que la chrysalide ait fait place au papillon. Les Australiens et Néo-Zélandais qui les attendent en seront peut-être les heureux témoins…

Nous ne marchions pas encore que Jeff BECK intégrait les Yardbirds: toutes ces décennies, ça fait froid dans le dos ! Et comment dissocier le nom de Jeff BECK de ceux de Jimmy Page, Eric Clapton, Tim Bogert, Carmine Appice, Rod Stewart, Ron Wood, Cosy Powell…? Ca donne le vertige, ça fout le tournis d’avoir devant notre objectif, dans ce superbe Cirque Royal bruxellois, une légende vivante. Trois heures avant le début du concert, nous n’avions pas encore obtenu le feu vert du tour manager pour le précieux sésame: un pass-photo à H-3 (…et à 150 bornes de là), maintenant ça c’est fait.
Vous connaissez, vous aussi, de ces gens-là qui se pointent le matin au bureau (ou à l’usine) et qui n’ouvrent pas la bouche de la journée. Pas une blague, pas un bonjour, pas un merci, pas un pardon, pas un s’il vous plait. Rien, nada, niets, nothing, que dalle. A peine une sourire en arrivant, et au mieux un au revoir en partant. A se demander si ces gens-là ne seraient pas mieux en télé-travail. La légende Jeff BECK, c’est un peu la même chose.
Non pas que ces gens-là bossent mal ou peu, ou qu’ils n’en touchent pas une. Que du contraire: ce sont parfois eux qui font tourner la boutique et qui abattent un max de taf, comparativement à d’autres grandes gueules qui n’en touchent pas une tout en faisant croire le contraire, laissant entendre que sans eux rien n’existerait. Le mythe Jeff BECK, c’est un peu la même chose…
Jeff BECK, c’est donc un peu comme les croquettes Mc Cain: ce sont ceux qui en parlent le moins qui en mangent le plus. Mais bon, à quoi bon se déplacer à un concert si c’est pour n’avoir que le son et pas l’image…?! Mouais, Jeff BECK nous laisse donc quelque peu sur notre faim. Il nous attristerait presque: comme il doit être fatigué, ce si grand Monsieur hors-format, au point de ne plus brûler plus pour ce qu’il fait. Qu’il doit être usé, pour ne plus vibrer sur scène. Qu’il doit être éteint pour si peu rayonner…

Ce constat n’enlève rien, strictement rien au mythe, mais le grand maître des riffs, synonymes d’aventures musicales et d’improvisations grandioses avec sa Fender Stratocaster, est aujourd’hui fatigué. Ce doit être un jour sans. Pas le choix: ça doit… Le Jeff nous balance du BECK et du Yardbirds bien sûr, mais aussi du Jimi Hendrix ("Little Wing") , du Sam Cooke ("A change is gone come"), du Impressions ("People get ready"), du Stevie Wonder ("Superstition"), du Don Nix ("Going down") mais aussi du Beatles (avec l’intro de "A day in the life"). Tout le monde s’y retrouve donc. Nous, un peu moins.
Il est des personnages qu’il faut avoir vus, il y a des tronches qu’il faut avoir shootées, il est des légendes dont il faut avoir croisé le chemin, il y a des mythes qu’il faut avoir côtoyés, il est des guitaristes qu’il faut avoir vu live on stage: Jeff BECK en fait partie. Mais il fait aussi désormais partie de ces génies qu’il vaut mieux dorénavant écouter tout simplement, en se contentant de garder en mémoire, pour la grande Histoire, les images de leur splendeur passée. Car il est de ces bougies qu’il faut rallumer, de ces braises qu’il faut raviver. Ou définitivement laisser s’éteindre. Même si tout le monde ne peut pas être et avoir été, total respect Mister BECK.














































































































































































































