« Guitares à Gogo ! » sold-out @ Les Deux Ours – 29 janvier 2026

Que du beau monde. Du belge, du francophone, du très solide sur les planches des Deux Ours. On aurait pu croire à une élection de Miss Monde version six-cordes, ça se bouscule pour briller sous les spots — sauf qu’ici, pas de couronne ni de podium. Juste de l’amitié, de la complicité, et un sens du partage qui ferait rougir n’importe quelle jam session bien élevée. On tient sans doute là six des plus fines gâchettes les plus en vue au sud de la frontière linguistique. Six valeurs sûres, installées, respectées, qui n’ont strictement plus rien à prouver. Et c’est précisément pour ça qu’elles prennent tous les risques, qu’elles dépotent Les Deux Ours sans compter. Parce que jouer pépère quand on est à ce niveau-là, très peu pour eux. Sinon, à quoi bon ?

De Van Halen à AC/DC, en passant par Rory Gallagher, avec comme un parfum de Such a Noise, une saveur de Fred & The Healers et des relents d’Alain Pire Experience, le public en prend plein la tronche. Six mini-sets de classic rock, tendus, généreux, sans temps mort. À la gratte, et dans le désordre, s’enchaînent et se déchaînent Jean-Pierre FROIDEBISE, Alain PIRE, Laurent DEBEUF, Jacques STOTZEM, Fred LANI et Vincent « High Voltage » FIS. Pas de leader, pas d’ego qui déborde. Juste des échanges, des regards, des riffs qui se répondent. Le tout porté par une rythmique en béton armé : René Stock et Marcus Weymare, soudés, précis, indispensables à l’équilibre de cette joyeuse déflagration.

Cette aventure musicale, ce moment hors cadre — imprévisible, généreux, profondément vivant — fait vibrer une salle acquise à la cause, fière du sold-out affiché. Et pas seulement au bar. Les corps bougent, les visages sourient, les oreilles sifflent. Et puis vient le bouquet final. Le vrai. Le feu d’artifice orgasmique, explosion paroxysmique: les six potes, épaules contre épaules, gratte contre gratte, se lancent dans un Cortez the Killer d’anthologie. Une montée en tension lente, majestueuse, déchirante. Un final à pleurer toutes les larmes de son corps tant l’instant est magique, unique, suspendu. Un de ces moments rares qui rappellent pourquoi le rock, quand il est joué comme ça, reste invincible. Et dire qu’on ne savait pas encore à cette heure que The Loner, aka The Godfather of Grunge, annoncerait quelques jours plus tard l’annulation abrupte de sa courte tournée européenne 2026. Comme un ultime coup de poignard mélancolique dans un souvenir déjà gravé…